—Il faut obéir aux morts, répondit Bibiane. Va, et n'aie pas peur. Je laisserai la porte ouverte et je viendrai si tu m'appelles. Va, il est là.

Il était là, vraiment, dans les basses feuilles, obéissant au roulis du vent, et quand Arabelle fut arrivée sous le magnolia, l'ombre étendit les bras, des bras fluides et serpentins, puis les laissa tomber, telles deux vipères d'enfer, sur les épaules, où elles se tordirent en sifflant.

Bibiane entendit un cri étouffé. Elle courut. Arabelle gisait, et, ramenée à la maison, elle avait au cou deux marques, comme d'étroites et osseuses mains.

Ses beaux yeux inanimés resplendissaient d'horreur et entre ses doigts crispés et joints, Bibiane vit la fleur fanée du matin des noces, la fleur triste et inutile laissée à l'arbre par leur pitié,—la fleur qui était l'Autre, la vraie fleur d'outre-tombe.

LE CIERGE ADULTÈRE

Elle eut cette fantaisie et cette perversité.

Elle voulut cela: que, la nuit même où son mari devait rentrer de voyage, l'adoré tendre et frêle, un peu timide, restât près d'elle jusqu'à l'heure d'aurore imposée au train; plus longtemps encore jusqu'au bruit de la voiture arrêtée devant la porte; plus longtemps encore, jusqu'à la tremblante clef tournant dans la serrure!

Car elle tremblera, la clef du maître, au moment d'ouvrir le coffret de ses amours: il m'aime, et déjà l'anxiété de la joie prochaine lui a ému le cœur, et la cage s'est rétrécie sur l'oiseau frissonnant. Qu'elle se dilate à la chaleur de me voir, mais moi, j'aurai eu mon anxiété, et différente. Oh! que je ne l'aime pas, celui qui a le droit de me surprendre et de m'imposer, à une heure convenue et réglée par lui, son plaisir de seigneur à jeun des baisers qui lui signifieront ma haine!

«Et pourquoi je ne l'aime pas? Les raisons? Ah! ah! ah! Il n'y en a pas.»

—Te voilà, amour? Donnez vos lèvres, petit adoré. Tu es pâle. Aurais-tu peur?