Ayant rencontré la robe nouvelle, il en devint aussitôt amoureux. Son cœur battit très fort, un étourdissement soudain le fit chanceler: son rêve passait, sa joie se promenait. Oh! si cette robe voulait se laisser aimer! Si elle n'était pas de ces robes insolentes qui bousculent, dédaigneuses, les désirs les plus purs et les plus sincères!

«O robe, ne sois pas farouche!»

La robe ne fut pas farouche. Comme beaucoup de ses pareilles, elle se laissa suivre en musant le long des étalages, puis elle tourna discrètement au coin d'une rue dénuée de promeneurs et, sous une porte, disparut.

C'était une chambre comme d'autres, peu séduisante, trop parfumée et gâtée par un divan trop large et trop précis,—mais la robe était là, sous ses yeux, sous ses mains: il la contemplait, il la baisait, il la respirait avec ivresse.

A genoux devant la chère robe qui se dressait rigide et inquiétante, il semblait prier, maintenant, disant de folles et douces paroles et même des sottises.

«Dès que je t'ai vue, je t'ai aimée… Oh! un désir fou… J'aurais donné je ne sais quoi… Comme tu es bonne!…»

La joie cependant ne le faisait pas délirer au point qu'il ne sût la qualité de sa conquête, et quel genre d'âme animait cette robe si exquise. Il s'arracha à son extase pour interroger sa bourse, et avant d'avoir entendu les odieuses paroles du marchandage, il avait comblé les désirs qui attendaient, muets, et payé la robe, la jolie robe nouvelle, probablement ce qu'elle valait.

Ensuite, il recommença ses adorations et l'autre le laissait faire, habituée à de plus singulières et même à de plus dangereuses fantaisies. Seulement, en dedans, elle s'impatientait un peu, trouvant bien longs ces prolégomènes, et bien ridicules. D'ordinaire, elle menait ses clients plus rondement et, devinant leurs goûts, les rassasiait avec art et avec promptitude; mais celui-ci était bizarre. Elle le toléra encore pendant quelques minutes, se laissant admirer, croyait-elle, flattée aussi de ces manières délicates, et, enfin, n'y tenant plus, rêvant à ce qu'il y avait dans l'air, dans le soleil, dans les rues, d'amour à cueillir et quelle merveilleuse pierre philosophale était sa «robe nouvelle», elle se dégagea et demanda avec un sourire qu'on la laissât au moins ôter sa pèlerine.

«Non, non! La robe tout entière! Je veux la robe tout entière!»

Et il l'entraînait vers le divan, l'étreignant déjà furieusement.