Elle comprit et cria:
«Avec ma robe? Jamais!»
Elle put se redresser et elle dégrafait sa ceinture quand elle sentit deux mains lui serrer le cou sans pitié. La tête renversée, elle tomba inerte sur le divan, et, inconscient de son crime, ignorant la mort de la chair à laquelle il allait joindre sa chair, l'amoureux des robes apaisa son désir.
LE FAUNE
Elle s'était retirée de bonne heure après dîner, se croyant souffrante et n'étant que triste, lassée du rire trop innocent des petits enfants, de la benoîte jovialité des parents pauvres émus d'un peu de fête, du pitoyable gala voulu par les calendriers.
Surtout elle s'affligeait et presque s'indignait de l'hypocrite tendresse qui luisait dans l'œil terne de son mari, quand il y avait du monde: elle eût préféré, comme d'autres femmes, être battue en public, être aimée en secret.
Remerciant sa femme de chambre, elle tira le verrou et, alors, se sentant bien seule, se sentit libre et moins malheureuse.
Se dévêtir lentement, avec des poses, des regards à la psyché, de feintes langueurs, comme pour tomber adroitement en de chers bras, se dire des douceurs, offrir un compliment subtil à son épaule et même à son genou et s'avouer qu'on a une belle âme et une belle peau,—elle s'amusa à tout cela, sans penser à rien de mal, avec la sécurité d'une femme qui ne craint pas les surprises de l'imagination.
Son impudeur ingénue était limitée par la délicatesse. Elle savait l'étiage où doit s'arrêter la robe retroussée, l'étiage des temps secs et l'étiage des temps de pluie, et volontiers, ainsi qu'Arlette, quand Robert le Diable la favorisa de son intimité, elle eût déchiré sa chemise au lieu de la relever. Il arriva donc qu'elle eut un peu honte, et, enfouie dans une fourrure, elle s'agenouilla fort chastement devant le feu.
Elle tisonna, elle ordonna des architectures incandescentes, elle se brûla la figure, elle s'ennuya.