Note 51: [(retour) ]

Everardus Otto, De Diis vialibus. Magdebourg, 1714. XXXI, 1.

Les parapets des anciens ponts étaient sommés au-dessus de chaque pilier, ou vers le milieu seulement, de la statue du protecteur, très souvent une vierge. Ammien Marcellin décrit ces images en un latin si vert et si vivant qu'on croit lire une langue moderne[52]: «Quales in commarginandis pontibus effigiati dolantur incomte in hominum figuras.» Les ponts d'aujourd'hui s'ornent de telles figures, mais ridicules, même si elles étaient très belles, parce qu'elles n'ont plus de signification. L'art est obligé d'être utile, quand il veut être populaire. Les gens s'arrêtaient un instant devant ces simulacres ou les saluaient en passant, ainsi que font encore les paysans qui rencontrent un calvaire ou une Vierge. «Comme presque toujours les voyageurs pieux, dit Apulée, au début de ses Florides, s'ils rencontrent sur leur route quelque bois sacré ou quelque lieu saint, se mettent en prières, déposent un ex-voto, s'arrêtent un instant...», et parmi les motifs de ces sanctuaires il cite le truncus dolamine effigiatus et l'autel champêtre enguirlandé que rappellent singulièrement les grossières bonnes vierges noires parmi les fleurs fraîches. C'est à la Diane des chemins, à Trivia, que Marie a succédé le plus souvent; et on se demande si la vieille idole fut partout renversée, si tout l'effort contre la superstition du peuple aboutit à plus qu'un changement de nom? Mais si le nom fut changé les attributs demeurèrent et les surnoms et les offices; Diana servatrix devient tout naturellement Notre-Dame de Bon-Secours, ou de Recouvrance, et Diana redux c'est N.-D. des Flots, celle qui assure contre le péril des longs voyages.

Note 52: [(retour) ]

XXXI, I.

Parmi les autres dieux vicinaux, l'un des plus aimés était Silvanus. Les inscriptions en son honneur sont fort nombreuses. On le qualifiait volontiers de sanctus et il était le maître des Lares:

SILVANO
SANCTO. SACRO
LARUM. CÆSARI

C'était un saint tout fait. Il passa directement sur les autels chrétiens sous ce nom de saint Silvain que lui donnait déjà la piété populaire. Mais Priape, trop compromis, dut changer de nom; il prit celui de Sanctus Vitus, afin que les chrétiennes pussent invoquer sans rougir le dieu pour qui les femmes eurent toujours une particulière dévotion. Ainsi, en quelques siècles, la religion de la virginité et de la pudeur en était arrivée, sous la pression du peuple, à tolérer sur ses autels le maître des luxures, exemple amusant de la puissance naturelle de la vie! Mais il ne faut pas s'y méprendre; canonisé, Priape devint fort décent et enfin matrimonial. Il ne dénoue plus l'aiguillette qu'au profit de la fécondité; le démon travaille à peupler le paradis et à donner aux anges des frères[53].

Note 53: [(retour) ]

Cf. G.H. Nieupoort, Rituum qui olim ap. Roman. obtinuerunt Liber; Trèves, 1723.

Chaque maladie a son guérisseur et chaque métier a son protecteur. Arnobe et S. Augustin raillent l'humilité de ces dieux qui consentent à de si bas offices; ils ne railleraient plus, apologistes du présent siècle. Ce qu'ils ont haï règne, au nom même et sous l'égide du Dieu qui inspirait leur satire.

Dieux guérisseurs



Saints guérisseurs
Priape

Stérilité, Impuissance

S. Vitus devenu S. Gui, S. Guignolet,
S. Paterne.
Strenua

Faiblesse

S. Fort.
Apollon

Peste

S. Roch, S. Sébastien.
Hercule

Epilepsie

S. Sébastien.
Junon Lucine

Douleurs de l'enfantement

Ste Marguerite.
Vibillia fait retrouver leur chemin aux voyageurs égarés.



S. Antoine de Padoue fait retrouver les objets perdus.
Hippona, ou Epopona

Maladies des chevaux

S. Georges. S. Eloi.

Cette liste n'est qu'une amorce. On en continuerait longtemps le parallélisme, avec plus ou moins de précision. A Febris, qui éloignait la fièvre; à Rubigus, qui préservait les blés de la rouille; à Stercutius, qui donnait sa valeur au fumier; à Orbona, qui protégeait les orphelins, on opposerait une magnifique liste d'analogues jeux de mots, car: