Juillet 1900.
VII
IRONIES ET PARADOXES
I
CONSEILS FAMILIERS A UN JEUNE ÉCRIVAIN
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«... Quiconque raccourcit une route
est un bienfaiteur du public et de
chaque personne particulière qui a
occasion de voyager par là.»
Jonathan Swift, Lettre d'avis àun jeune poète (1720). |
La mauvaise humeur un peu âpre, je l'avoue, de ma dernière lettre ne vous a pas découragé, et, cette fois, vous me suppliez; les hochements et les dénis, loin de rebuter vos desseins, les avivent et les précisent; croyant avoir besoin de moi, vous supportez tout de ma part; qu'ils soient productifs, et des coups même ne vous feraient pas peur; vous semblez prêt à adorer la bouche qui, parmi les injures, laisserait couler, comme un miel parfumé, de fructueux conseils:—je l'avoue encore, un tel état d'esprit m'a touché et séduit. J'ai senti sous le pic un bon terrain. J'y mets la bêche, je vais semer. Ouvre-toi, jeune terre, reçois la graine et sois féconde.
I
Ayant déjà fait quelques études préparatoires au noble métier d'écrivain français, vous n'ignorez pas sans doute que le monde dans lequel vous allez entrer est fort méprisé par ceux-là mêmes qui doivent y vivre et qui en font l'ornement. Vous avez entendu dire que ce monde n'est guère qu'une église de truands qui tient à la fois de la maison de prostitution, de l'étable à cochons et de la chambre de rhétorique; cette opinion est très exagérée, vous ne tarderez pas à vous en apercevoir, et qu'avec un bon manteau, de solides bottes, d'imperméables gants et un chapeau «qui ne craint rien», ni la pluie, ni les avanies, ni la grêle, ni les mensonges, ni la neige, ni la saburre qui tombe des balcons, on y peut vivre tolérablement; il y a des séjours plus dangereux; pour un homme intelligent et pratique, il n'en est guère de plus recommandable et où le placement d'une pacotille soit plus rapide et plus rémunérateur.
II