Des gens hardis recommandent cette ruse: se faire introduire comme secrétaire chez un homme influent, et là, tout en acceptant les ordinaires obédiences: promener les enfants, sortir le chien à l'heure de son besoin, allumer le feu, aller reporter les parapluies empruntés, et plusieurs autres besognes qui préparent merveilleusement à la vie littéraire; là, s'offrir, un jour que le maître est malade, à rédiger son article, peu à peu en prendre tout à fait l'habitude, et un jour aller dire la vérité au directeur du journal. J'ai vu tenter l'aventure, qui ne réussit pas, car c'est le nom et non l'oeuvre qui a de la valeur pour un journal et pour le public.
Voilà, mon cher ami, les premiers conseils que je vous donne, ou plutôt les idées que je soumets aux méditations de votre esprit précoce. Jeune, ambitieux, intelligent, riche, sans préjugés ni scrupules, vous avez tout ce qu'il faut pour arriver, mais j'espère que cette petite collection de principes ne sera pas la moindre de vos armes.
Septembre 1896.
II
DERNIÈRE CONSÉQUENCE DE
L'IDÉALISME
|
Quid videat nescit; sed quod videt, uritur illo. Ovide, Métam., III, 430. |
INTRODUCTION
Ayant eu, ces derniers temps, quelques doutes sur la valeur, non point philosophique, mais morale et sociale, de l'idéalisme, je ne pus, malgré des méditations assidues, triompher de mes hésitations par la méthode de la logique directe. Et bien au contraire; poussée à son extrême, la théorie idéaliste aboutissait, en mes déductions, pratiquement, au néronisme ou au fakirisme, selon qu'elle évolue en des intelligences actives ou en des intelligences passives; socialement (comme je l'ai noté antérieurement)[69], au despotisme ou à l'anarchie[70].
Note 69: [(retour) ]
V. L'Idéalisme, pp. 16-17.
Note 70: [(retour) ]
On saura ce que pourrait être le fakirisme-anarchie en lisant un singulier conte de M. Marcel Schwob, l'Ile de la liberté (Echo de Paris, juillet 1892).