L'homme le plus humble a besoin de gloire: il a besoin de la gloire adéquate à sa médiocrité. L'homme de génie a besoin de gloire; il a besoin de la gloire adéquate à son génie[84]. Quel poète et qui donc serait content de la seule couronne qu'il se poserait lui-même sur la tête, comme Charles-Quint? L'empereur ne se couronna pas dans l'ombre de son oratoire; il se couronna devant toute la terre et devant les princes de toute la terre, disant ainsi que, premier juge de sa propre gloire, il n'en était que le premier juge, et non pas le seul.
Note 84: [(retour) ]
Hello a écrit sur une idée voisine de ceci des pages fort belles
(De la Charité intellectuelle dans les Plateaux de la Balance).
Pensé par les autres, le moi acquiert une concience nouvelle et plus forte, et multipliée selon son identité essentielle.
Multiplier une rose, cela fait un jardin de roses; multiplier une ortie, cela fait un champ d'orties.
Car la déviation de l'idéalisme, telle que je la conçois, ne va pas, et tout au contraire, à ratifier la baroque loi du nombre, qui se base sur de fabuleuses additions où sont ensemble comptés les roses et les orties, les rats et les zèbres. La pensée s'individualise différemment; il n'y a pas deux individus identiques; les miroirs sont bons ou mauvais,—et encore le miroir n'absorbe et ne réfléchit qu'une manière d'être et non l'être en soi. L'être en soi est inviolable, mais il faut qu'il subisse des tentatives de viol pour apprendre qu'il est inviolable.
Le Stylite vit tout seul sur sa colonne, mais il a besoin de la foule des pèlerins qui se presse au pied de sa colonne; il a besoin de la salutation de Théodose; il a besoin de la vaine flèche de Théodoric.
Sans la pensée qui le pense, le Stylite n'est qu'un palmier dans le désert.
Février 1894.