SAISONS
J'ai toujours entendu dire, depuis mon enfance, qu'elles étaient dérangées. Autrefois, elles étaient régulières. Il y a très longtemps qu'on ne s'en souvient plus, mais c'est une tradition certaine. Nous avons l'esprit d'ordre. Nous avons décidé que l'hiver est froid, l'été chaud, le printemps et l'automne tempérés, et nous sommes très étonnés que la nature n'obéisse pas à nos classifications et qu'elle ne distribue pas la température selon qu'il est établi dans les calendriers, ou plutôt selon un calendrier d'expérience, un calendrier local que nous substituons inconsciemment au calendrier astronomique. Ainsi le mois de décembre devrait être rigoureux d'après un de ces calendriers et, d'après l'autre, tempéré, au moins dans les trois premières semaines de son cours, puisqu'elles appartiennent à l'automne. Il est difficile que la nature obéisse à ces deux règles contradictoires, et cela nous permet d'être toujours mécontents et de la prendre en défaut, de quelque manière qu'elle se comporte. Car les hommes se plaignent également du beau et du mauvais temps, de celui qui amène les sécheresses réduisant les champs en poussière, de celui qui fait déborder les rivières, et il n'a pas tout à fait tort. Puis, dans les temps moyens et qui devraient, semble-t-il, contenter tout le monde, il est rare, si le citadin se réjouit de l'état du ciel, que le campagnard ne se répande pas en lamentations. Le seul résultat vraiment heureux et vraiment pratique des incertitudes de l'atmosphère, c'est qu'elles fournissent aux hommes un sujet inépuisable de conversation, un sujet facile, qui prête aux improvisations, aux commentaires légers, aux anecdotes et où chacun peut à son aise et à peu de frais, surtout, montrer son esprit et son caractère. On peut juger un homme rien qu'à la manière dont il parle du temps qu'il fait. En général, il est recommandé de ne pas y attacher une trop grande importance, et de le prendre comme il vient.
LA FOIRE AUX JOUETS
C'est une erreur de croire, comme on le répète à satiété, qu'il n'y a plus que les jouets mécaniques qui intéressent les enfants. Comme de tout temps, l'enfant joue avec tout ce qu'on lui donne, tout ce qui lui tombe sous la main, tout ce qui roule, tout ce qui fait du bruit. Riche ou pauvre, il serait peu difficile sur la nature ou la qualité de ses jouets, si le snobisme des parents ne venait pas s'en mêler, et ce sont eux qui les achètent, qui font, bien plus que leurs enfants, la vogue des jouets mécaniques, si vite brisés, si vite inutilisables. Cela dépend beaucoup aussi, surtout peut-être, des fabricants, car on ne peut acquérir que ce qui figure sur le marché et le genre d'amusement des enfants, est en somme à leur merci. Ils savent bien qu'il faut plaire d'abord à l'acheteur: de là, ce débordement de mécanique, car la mode est à la mécanique. Je crois que, laissé à lui-même, l'enfant choisirait assez volontiers des choses moins compliquées, plus familières ou plus terribles. Les animaux l'amusent toujours, arrivent souvent à lui inspirer une sorte de tendresse frénétique: j'en ai connu qui voulurent pendant très longtemps dormir avec une famille d'ours en peluche. On trouve à peu près tous les animaux à la foire aux jouets, mais l'ours en peluche est un des plus répandus. On en fait de tout petits et de très grands, qui sont fort en faveur. J'ai vu, à cette foire, des veaux, de simples veaux en peau, qui ne se vendent pas moins de deux cent cinquante francs, c'est-à-dire beaucoup plus cher qu'un veau véritable. Dans les mêmes prix, vous trouverez des lions, des tigres, des dromadaires et ces ménageries ne laissent pas d'être curieuses. C'est un peu intimidant. Les enfants n'en demandent pas tant, ils en demandent même moins et la bête qui leur plaira, c'est celle qu'ils peuvent, comme le chat de la maison, emporter dans leurs bras.