Mais, l’Art étant « anormal, illogique et incompréhensible », on peut tolérer que des gens très intelligents et capables de l’effort d’objectivité, en éclairent un peu — oh ! très peu, — les obscurités et dévoilent au public distrait les secrets de la magique Lanterne. C’est l’esthétique d’après coup, la critique explicative, le commentaire, — et il en faut refondre les principes à chaque artiste nouveau exhibé devant la foule stupide qui n’admet pas que l’on puisse différer de la médiocrité moyenne enseignée par l’État.

C’est aussi, l’Art étant libre dans la limite des organes dont il dispose, la liberté de l’esthétique, l’individuelle, la personnelle esthétique, le droit de juger d’après des règles individuelles et personnelles, au mépris des étalons, des patrons et des parangons.

… Les Vérités éternelles : l’ironie de leurs yeux immuables se tourne vers le ciel…

CELUI QUI NE COMPREND PAS

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Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle : Quelle est donc cette femme ? — Et ne comprendra pas.

Du Sonnet d’Arvers.

De tous les plaisirs que peut procurer la Littérature, le plus délicat est certainement : « Ne pas être compris ! » Cela vous remet à votre place, dans le bel isolement d’où l’inutile activité vous avait fait sortir : réintégrer la Tour et jouer du violon pour les araignées qui — elles — sont sensibles à la musique.

« Celui qui ne comprend pas » n’est sensible ni à la musique ni à la logique ; il est sourd, mais non muet, car il va clamant partout : « Je ne comprends pas ! » Comme d’autres de leur talent ou de leurs idées, il est fier de son inintelligence et des loques verbales dont il vêt sa nudité spirituelle, — et il s’exhibe, il fait le beau et dès qu’on flatte sa vanité, qui est « Ne pas comprendre », un éventail de plumes de paon lui sort du derrière et sur chaque plume, en guise d’œil, il y a un rond où est écrit : « Moi, je ne comprends pas ! »

Cette faculté fait qu’on l’estime. Il est recherché de ceux qui, ne comprenant pas, ont un peu honte ; son aplomb leur donne du courage et ils se disent les uns aux autres, dès que la roue révélatrice esquisse son orbe : « Voyez, celui-ci, non plus, ne comprend pas, — et pourtant il n’en rougit pas, au contraire ! »

Au contraire : il connaît sa valeur et n’hésite jamais à se mettre en avant. D’ailleurs, sa queue de paon aux précieux ronds est un drapeau commode et de loin visible. Il ne l’a ramassé sur aucun champ de bataille, il ne l’a ni chipé ni conquis : il l’a sorti de son derrière, et quand il le déploie, ce n’est pas pour conduire des ombres à l’assaut de vaines entités.