Si la jaune chélidoine a fleuri, en est-elle moins la pierre des philtres et des surprises ?
Quelles réalités me donneront les saveurs que je rêve à ce fruit de l’Inde et des songes, le myrobolan, — ou les couleurs royales dont je pare l’omphax, en ses lointaines gloires ?
Quelle musique est comparable à la sonorité pure des mots obscurs, ô cyclamor ? Et quelle odeur à tes émanations vierges, ô sanguisorbe ?
LE PARACLET DES POÈTES
Il y a encore des hérésies et, sur le trouble océan des indifférences spirituelles, quelques nacelles où des sectaires, plutôt doux, fébriles tout au plus, se laissent bercer par le flot en rêvant de rénovations religieuses.
L’une de ces sectes attend le Paraclet, c’est-à-dire le Messie des derniers jours, l’homme divin en qui s’incarnera l’Esprit Saint, comme en Jésus de Nazareth s’incarna le Fils : ces temps advenus, une joie s’épandra au-dessus du monde et descendra dans tous les cœurs ; ce sera le règne tant espéré de la Justice et de la Bonté, de l’Amour et de l’Intelligence, — de l’Esprit, en un mot, lequel est tout cela et bien plus encore puisqu’il est la Spiritualité la plus parfaite.
Une telle hérésie n’est pas neuve : elle commença de se manifester peu de temps après l’Ascension du Christ et fut propagée par des hommes simples, étonnés de ce qu’après la purification du monde par le Fils le monde, cependant, ne fût guère devenu plus habitable.
Les siècles s’en allèrent, et il y avait toujours des Paraclétistes occupés à regarder si un signe n’allait pas paraître au ciel, annonçant la naissance du Roi juste ; ils en virent parfois, des signes, mais faux, ce qui ne les décourageait pas. Ils ne cessèrent de crier, ces crédules charmants, et ils crient encore :
« Il va venir ! il vient ! le règne va s’inaugurer ! Les temps sont proches ! » Les événements qui n’arrivent jamais ont toujours été prédits avec les mêmes formules.
Les clameurs des Paraclétistes, je les ai entendues, — mais il ne s’agissait ni de religion, ni de rénovation spirituelle : il s’agissait de littérature.