Il y a, parmi les écrivains, un groupe de naïfs entêtés, lesquels, fermant obstinément leurs yeux au présent, regardent, eux aussi, dans l’avenir, guettant la survenance du Génie.
Le Génie, pour eux, est l’homme qui viendra sûrement, prochainement, afin d’exprimer très haut les idées — bien que contradictoires — du groupe, et de revêtir d’une forme imposante les imprécises imaginations de ces orphelins. Ce Génie, en effet, sera comme leur père, leur tuteur, leur guide, leur accoucheur, leur Socrate, et il les soutiendra de sa force et de son amour dans les labeurs de l’enfantement, qu’ils redoutent — mais qu’ils ne connaîtront jamais.
Quant au Paraclet, quant au Génie, il viendra peut-être — et ceux qui l’auront appelé le plus souvent seront les premiers à le nier et à railler sa providentielle mission.
Il viendra, ce Génie, car il est déjà venu, et beaucoup de ceux qui l’attendent encore l’ont connu et l’ont méconnu ; à sa mort quelques-uns se convertirent ; d’autres s’endurcirent dans leur crime d’espérer en vain.
O Paraclétistes, regardez donc autour de vous, parmi vous : il est peut-être là ; il est toujours là. Il y en a toujours un, il y en a souvent plusieurs, l’Esprit est multiforme.
Prenez garde de l’avoir laissé passer inconnu, pauvre et blessé ; prenez garde de l’avoir flagellé ; prenez garde de le crucifier ; prenez garde de n’être que des Gentils et des Philistins.
QUATRIÈME PARTIE
ANALYSES ET FRAGMENTS
LE DERNIER DES SAINTS
PSYCHOLOGIE D’UN HOMME DE DIEU
Au sor, quant il s’aloit couchier,
En sa cote, sanz despoillier,
Et sanz plus de dras, se gisoit.
Une pierre a son chief metoit
Ou .j. fut, en leu d’orelier.
Il n’avoit pas à son couchier
Iiij. serjanz qu’el dechauçassent,
Et qui son lit li atornassent
De linciaux ne de covertor.
Avec li portoit son ator.
(Ancienne Chronique, XIIIe siècle.)
Quand un homme de génie se trompe, disait Barbey d’Aurevilly, il se trompe plus complètement qu’un autre, il se trompe absolument, il va jusqu’au bout de l’erreur, et ses absurdités sont des absurdités de génie. Il y eut un saint qui était la symbolisation de la niaiserie, l’idéalisation de tout ce qu’il y a d’abject dans les superstitieux lobes des cervelles déliquescentes et dévotes. En le canonisant, l’Église semblait avoir consacré la haine de l’Esprit et tenté, par l’apothéose de la bassesse, de justifier sa propre humilité intellectuelle. La glorification de ce curé paterne et bénin affirmait un tel mépris de la grandeur, une telle tendresse pour l’infime, pour le laid et pour le sale qu’elle en devenait, du coup, l’œuvre définitive et suprême de la dégénérescence religieuse, — et, après cela, de tristes fidèles s’étaient dit que la religion n’est plus qu’un souvenir historique, qu’elle gît dans les vieux légendaires, dans les Heures à images, dans la Patrologie, dans quelques architectures, dans quelques pierres taillées, dans quelques têtes de jadis, peintes sur fond d’or. Héros élu par l’Intelligence, insulte permanente à la Sagesse, il s’appelait Lepou, et ses prénoms, Jésus-Marie-Joseph, inauguraient en sa personne la Trinité nouvelle qui a remplacé celle du Credo ; Papa, Maman et le Petit, — abstraction la plus haute à laquelle puisse désormais s’élever le matérialisme animal des catholiques.