En descendant au détail de la morale, on trouverait presque toutes nos coutumes en opposition avec les coutumes des anciens, tellement le christianisme nous a façonnés sans pitié pour notre liberté et pour la pureté de notre race. Je ne dis pas qu’il faille rejeter définitivement et toute la morale chrétienne, et toute la philosophie chrétienne ; cela pourrait produire un précipice fâcheux et qu’il serait difficile de combler. On pourrait cependant écarter, à titre provisoire, ces diverses notions, véritables intruses dans l’intelligence occidentale. Suivons l’exemple du catéchisme qui débute par : « Êtes-vous chrétien ? » Ainsi on interrogerait toutes les prescriptions morales, tous les dogmes métaphysiques, et on les écarterait doucement, après s’être bien assuré de leur origine. C’est de l’empirisme ; sans doute, mais pour qui ne croit pas la vérité, l’empirisme est la seule méthode. Que, pendant ce travail des philosophes, les hommes continuent à faire semblant de pratiquer l’une des formes du christianisme, cela n’a aucune importance, pourvu que les mœurs soient libres, pourvu que l’intelligence demeure intacte.

On verrait ensuite ce que l’on pourrait reprendre parmi l’écart. Non pas l’idée de Dieu, sans doute, ni l’impératif catégorique ; peut-être entre les plus basses cartes, un peu de cette sentimentalité perverse sans laquelle nous ne comprendrions plus rien à notre art et à notre littérature. Le christianisme n’a pas apporté au monde que des mensonges et des poisons. Nietzsche l’a trop méprisé. Une religion qui a conquis l’humanité, c’est qu’elle s’adaptait au moins à certains de ses besoins. Aujourd’hui même, on ne voit à lui opposer que des principes qui révoltent presque tous les hommes. Aussi l’enquête que je propose serait-elle un jeu purement philosophique ; elle fournirait quelques flèches à la critique, mais peut-être pas une seule arme vraie. N’ayant plus de position intellectuelle, le christianisme est inaccessible aux arguments intellectuels. La raison n’y peut rien ; peut-être mourra-t-il un jour empoisonné par la ciguë de son triomphe ?…

1901.

TABLE DES MATIÈRES

PREMIÈRE PARTIE
Le Chemin de Velours

LE CHEMIN DE VELOURS

I.

— Les Jésuites et le goût français

[7]

II.

— Origine de ces réflexions

[10]

III.

— Généalogie du Jansénisme

[10]

IV.

— La Philosophie des Jésuites

[14]

V.

— Le Péché philosophique

[27]

VI.

— Pascal et la Science

[34]

VII.

— Les Casuistes et la morale expérimentale

[41]

VIII.

— Les péchés de la chair

[46]

IX.

— La casuistique du vol

[56]

X.

— Pretium stupri

[64]

XI.

— Avortement et stérilité

[67]

XII.

— Le probabilisme

[69]

XIII.

— L’Équivoque et la Restriction mentale

[74]

XIV.

— Brève conclusion

[81]

DEUXIÈME PARTIE
Nouvelles dissociations d’idées

LA GLOIRE ET L’IDÉE D’IMMORTALITÉ

[85]

LE SUCCÈS ET L’IDÉE DE BEAUTÉ

[129]

VALEUR DE L’INSTRUCTION

[163]

LA FEMME ET LE LANGAGE

[182]

TROISIÈME PARTIE
L’Idéalisme

PRÉFACE POUR LES IIIe ET IVe PARTIES

[209]

NOTICE

[210]

L’IDÉALISME

[213]

LE SYMBOLISME

[219]

L’ART LIBRE ET L’ESTHÉTIQUE INDIVIDUELLE

[226]

CELUI QUI NE COMPREND PAS

[232]

L’IVRESSE VERBALE

[239]

LE PARACLET DES POÈTES

[242]

QUATRIÈME PARTIE
Analyses et fragments

LE DERNIER DES SAINTS, PSYCHOLOGIE D’UN HOMME DEDIEU

[247]

LA JEUNE FILLE D’AUJOURD’HUI

[261]

FRAGMENTS

I.

— Sur la Hiérarchie intellectuelle

[295]

II.

— L’Hôpital

[299]

III.

— En réponse à cette question : Quel seral’idéal de demain ?

[302]

IV.

— En réponse à une question. Sur le rôlede l’art

[304]

V.

— Le marbre et la chair

[307]

VI.

— Sur le Christianisme

[309]

Impr. d’Ouvriers Sourds-Muets, Paris.