Cette vision de l'Adieu:
La figure de la Cueilleuse de fleurs qui chante
S'efface tellement dans l'épais crépuscule
Qu'on ne voit plus que ses yeux et sa bouche qui paraît
violette.
Le ciel, sans abaissement, rendu sensible pour
notre imagination:
La transparente garenne d'étoiles, chasse brumeuse du Sagittaire.
C'est la vie vue à travers un éblouissant réseau d'images, la vie même, mais avec toute sa féerie intérieure; toute la nature tremble et rêve dans ces versets lents, comme une femme portée dans une barque à travers le soir. Les abstractions mêmes lèvent des bras où le sang coule en bleu; voici «les Victoires qui passent sur le chemin comme des moissonneuses, avec les joues sombres comme le tan,—Couvertes d'un voile et appuyant un tambour sur leurs cuisses d'or». Des images sont d'une énergie comme surgie de l'obscurité de la conscience nerveuse, des images qu'on dirait nées, çà et là, le long d'un corps pensant, dans les plexus:
... A quoi
Quand mon corps comme un mont hérisserait
Un taillis de membres, emploierais-je ma foule?
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Nous avions réuni nos bouches comme un seul fruit
Avec notre âme pour noyau.
Les accidents les plus vulgaires de la vie animale se haussent à des significations nobles; l'on voit les mourants d'un champ de bataille «bourbiller comme des crevettes».
Pleine d'images, cette tragédie est pleine d'idées; le solitaire «a un compagnon partout: sa propre parole»; «le sang, l'homme doit le répandre comme la femme, son lait»; et toutes, images et idées, créatures d'une magnifique richesse de sang, de cheveux, de peau, vivantes et belles, se meuvent et fleurissent dans la forêt somptueuse d'une tragédie surhumaine.