Sacrée, la princesse reçoit les insignes de la royauté, ironie qui efface Tête d'or, sa vie, sa gloire, sa mort,—et quelle pitié quand la petite main déclouée ne peut se fermer sur le sceptre: un officier lui presse le poing, courbe un à un ses doigts déshonorés!
Mais ayant baisé les lèvres de l'usurpateur, elle meurt aussi, car il faut que la toile tombe sur la scène comme une taie sur les yeux.
Ce que cette littérature forte et large doit aux tragiques grecs, à Shakespeare, à Whitman, on le sent plutôt qu'on ne peut le déterminer. Il y a là une originalité puissante appuyée à ses premiers pas sur la main paternelle des maîtres: mais pour s'appuyer à ces mains hautes comme des cimes, il faut être naturellement grand. Telle image avoue son origine; que d'autres frappent par l'impudeur de leur beauté neuve!
... O la Marne dorée
Où le batelier croit qu'il vogue sur les coteaux, et les pampres
et les maisons!
cela, sans doute, n'est que la paraphrase du vers d'Ausone; c'est la Moselle, où
... vitreis vindemia turget in undis.
Mais l'habitude constante de l'auteur de Tête d'or est de puiser dans le souvenir de ses yeux; il a une puissante mémoire visuelle; il voit les pensées écrites dans les gestes de la nature: «Les hommes, comme des feuilles dans le magnifique Mai, se donnaient des baisers tranquilles»; et ceci, d'une femme pleurant sur un cadavre:
Voyez comme elle se penche, pareille au tournesol
défleuri,
Qui tourne tout entier son visage de graines vers la terre.
Et ceci:
L'heure est triste comme le baiser de deux femmes en deuil.