La fille de l'Empereur s'avance; elle n'est plus rien; le peuple lui parle avec une haine de peuple, non profonde, mais jaillie de la joie de voir souffrir une princesse, une beauté héréditaire, une grâce innée:
A présent, va-t'en vivre de glaner et de ce que te donneront
les pauvres pour s'amuser de toi,
Quand tu leur raconteras que tu fus reine
Va, épouse un rustre, travaille! Que le soleil brûle ton visage
et roussisse tes mains!
Et on la revoit mendiante, plus tard, secourue par un cavalier qui, pour mourir, rejoint une bataille, et la princesse mange le pain dur tiré d'une fonte:
O bouchée noire! bouchée de pain plus chère que la bouche
même!
Nous sommes à ce plus tard, et voici qu'un soldat déserteur survient et dans la mendiante de pain reconnaît la princesse, et comme elle est seule et faible, il se venge sur cette beauté dégradée de sa lâcheté, de sa misère, de sa bassesse. Aventure inexprimablement tragique: il la cloue par les mains à un arbre, comme par les ailes, un émouchet:
Le sang jaillit de mes mains! mais malgré ces bras renversés,
je reste ce que je suis.
Je suis fixée au poteau! mais mon âme
Royale n'est pas entamée et, ainsi,
Ce lieu est aussi honorable qu'un trône.
Cependant Tête d'or est blessé. On le croit mort et on l'étend dans la nuit non loin de l'arbre dont les branches tombantes cachent la reine agonisante. Elle se réveille de sa douleur, elle crie; Tête d'or sort de la mort, se traîne, arrache les clous. La princesse délivrée lui pardonne et l'aime, mais Tête d'or veut mourir seul, comme un roi, sans espoir et sans amour. Héros sauvage, il chante un chant de mort:
Ah! je vois du nouveau! Ah! Ah!
O soleil! Toi mon
Seul amour! A gouffre et feu! ô sang, sang, ô
Porte! Or, or! Colère sacrée!
Je vois donc! O forêts roses, lumière terrestre qu'ébranle
l'azur glacé!
Buissons, fougères d'azur!
Et toi, église colossale du flamboiement,
Tu vois ces colonnes qui se dressent devant toi pousser vers
toi une adoration séculaire!
Ah! ah! cette vie!
Verse un vin âpre dans la souffrance! Emplis de lait la
poitrine des forts!
Une odeur de violettes excite mon âme à se défaire!
LA PRINCESSE
Est-ce là mourir?
LE ROI
O Père,
Viens! ô Sourire, étends-toi sur moi!
Comme les gens de la vendange au devant des cuves
Sortent de la maison du pressoir par toutes les portes,
Mon sang par toutes ses plaies va à ta rencontre en triomphe!
Je meurs. Qui racontera
Que mourant, les bras écartés, j'ai tenu le soleil sur ma
poitrine comme une roue?
O Bacchus, couronné d'un pampre épais,
Poitrine contre poitrine, tu te mêles à mon sang terrestre!
bois l'esclave!
O lion, tu me couvres, tu poses tes naseaux sur mon menton!
O ... cher ... chien!