L'oeuvre d'art devra être:

«1° Idéiste, puisque son idéal unique sera l'expression de l'Idée;

«2° Symboliste, puisqu'elle exprimera cette idée par des formes;

«3° Synthétique, puisqu'elle écrira ces formes, ces signes, selon un mode de compréhension générale;

«4° Subjective, puisque l'objet n'y sera jamais considéré en tant qu'objet, mais en tant que signe d'idée perçu par le sujet;

«5° (C'est une conséquence) Décorative—car la peinture décorative proprement dite, telle que l'ont comprise les Égyptiens, très probablement les Grecs et les Primitifs, n'est rien autre chose qu'une manifestation d'art à la fois subjectif, synthétique, symboliste et idéiste.»

Après avoir ajouté que l'art décoratif est le seul art, que «la peinture n'a pu être créée que pour décorer de pensées, de rêves et d'idées les murales banalités des édifices humains», il impose encore à l'artiste le nécessaire don d'émotivité, en alléguant, seule, «cette transcendantale émotivité, si grande et si précieuse, qui fait frissonner l'âme devant le drame ondoyant des abstractions».

«Grâce à ce don, les symboles, c'est-à-dire les Idées, surgissent des ténèbres, s'animent, se mettent à vivre d'une vie qui n'est plus notre vie contingente et relative, d'une vie essentielle, la vie de l'Art, l'être de l'Être.

«Grâce à ce don, l'art est complet, parfait, absolu, existe enfin.»

Sans doute, tout cela est plutôt, au fond, une philosophie qu'une théorie de l'art, et je me méfierais de l'artiste, même supérieurement doué, qui s'appliquerait à la réaliser par des oeuvres; mais c'est une philosophie très haute et possiblement féconde: quelques artistes en seront peut-être touchés même à travers leur cuirasse d'inconscience.