Mais il connaît d'autres fleurs que celles dont les clairières sont coutumières; il connaît la fleur-qui-chante, celle qui chante, lavande, marjolaine ou fée, dans le vieux jardin des ballades et des contes. Les chansons populaires ont laissé dans sa mémoire des refrains qu'il mêle à de petits poèmes qui en sont le commentaire ou le rêve:

Où est la Marguerite,
O gué, ô gué,
Où est la Marguerite?

Elle est dans son château, coeur las et fatigué,
Elle est dans son hameau, coeur enfantile et gai,
Elle est dans son tombeau, semons-y du muguet,
O gué, la Marguerite.

Et cela est presque aussi pur que les Cydalises de Gérard de Nerval,

Où sont nos amoureuses?
Elles sont au tombeau;
Elles sont plus heureuses
Dans un séjour plus beau....

Et presque aussi innocemment cruel que cette ronde que chantent—et que dansent—les petites filles.

La beauté, à quoi sert-elle?
Elle sert à aller en terre,
Être mangée par les vers,
Être mangée par les vers....

M. Vielé-Griffin n'a usé que discrètement de la poésie populaire—cette poésie de si peu d'art qu'elle semble incréée—mais il eût été moins discret qu'il n'en eût pas mésusé, car il en a le sentiment et le respect. D'autres poètes ont malheureusement été moins prudents et ils ont cueilli la rose-qui-parle avec de si maladroites ou de si grossières mains qu'on souhaiterait qu'un éternel silence eût été conjuré autour d'un trésor maintenant souillé et vilipendé.

Comme la forêt, la mer enchante et enivre M. Vielé-Griffin; il l'a dite toute en ses premiers vers, cette déjà lointaine Cueille d'Avril, la mer dévoratrice, insatiable, gouffre et tombe, la mer sauvage à la houle orgueilleuse et triomphale, la mer lascive aux voluptueuses vagues, la mer furieuse, la mer insoucieuse, la mer tenace et muette, la mer envieuse et qui se farde d'étoiles ou de soleils, d'aurores ou de minuits,—et le poète lui reproche sa gloire volée:

Ne sens-tu pas en toi l'opulence de n'être
Que pour toi seule belle, ô Mer, et d'être toi?