puis il proclame sa fierté de n'avoir pas suivi l'exemple de la mer, de n'avoir pas demandé la gloire à d'heureuses réminiscences, à de hardis plagiats. Il faut reconnaître que M. Vielé-Griffin, qui ne mentait déjà pas, s'est tenu parole depuis; il est bien demeuré lui-même, vraiment libre, vraiment fier et vraiment farouche. Sa forêt n'est pas illimitée, mais ce n'est pas une forêt banale, c'est un domaine.
Je ne parle pas de la part très importante qu'il a eue dans la difficile conquête du vers libre;—mon impression est plus générale et plus profonde, et doit s'entendre non seulement de la forme, mais de l'essence de son art: il y a, par Francis Vielé-Griffin, quelque chose de nouveau dans la poésie française.
STÉPHANE MALLARMÉ
Avec Verlaine, M. Stéphane Mallarmé est le poète qui a eu l'influence la plus directe sur les poètes d'aujourd'hui. Tous deux furent parnassiens et d'abord baudelairiens.
Per me si va tra la perduta gente.
Par eux on descend le long de la montagne triste jusqu'en la cité dolente des Fleurs du Mal. Toute la littérature actuelle et surtout celle que l'on appelle symboliste, est baudelairienne, non sans doute par la technique extérieure, mais par la technique interne et spirituelle, par le sens du mystère; par le souci d'écouter ce que disent les choses, par le désir de correspondre, d'âme à âme, avec l'obscure pensée répandue dans la nuit du monde, selon ces vers si souvent dits et redits:
La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.