Il n'est pas seulement attendri; il est tendre, et que de passion, et que de sensualité, mais si délicate!

Tu marchais chaste dans la robe de ton âme,
Que le désir suivait comme un faune dompté,
Je respirais parmi le soir, ô pureté,
Mon rêve enveloppé dans tes voiles de femme.

Sensualité délicate, c'est bien l'impression que donneraient ses vers s'il les avait tous conformés à sa poétique, où il rêve

De vers blonds où le sens fluide se délie
Comme sous l'eau la chevelure d'Ophélie,

De vers silencieux, et sans rythme et sans trame,
Où la rime sans bruit glisse comme une rame,

De vers d'une ancienne étoffe exténuée,
Impalpable comme le son et la nuée,

De vers de soirs d'automne ensorcelant les heures
Au rite féminin des syllabes mineures,

De vers de soirs d'amours énervés de verveine,
Où l'âme sente, exquise, une caresse à peine....

Mais, ce poète qui n'aimerait que la nuance, la nuance verlainienne, a pu, certains jours, être un violent coloriste ou un vigoureux tailleur de marbre. Cet autre Samain, plus ancien et non moins véritable, se révèle en les parties de son recueil appelées Évocations; c'est un Samain parnassien, mais toujours personnel, même dans la grandiloquence: les deux sonnets intitulés Cléopâtre sont d'une beauté non seulement de verbe, mais d'idées; ce n'est ni la pure musique, ni la pure plastique; le poème est entier et vivant; c'est un marbre étrange et déconcertant; oui, un marbre qui vit et dont la vie agite et féconde jusqu'aux sables du désert, autour du Sphynx pour un instant énamouré.

Tel est ce poète: délicieux puissamment en l'art de faire vibrer à son unisson toutes les cloches et toutes les âmes: toutes les âmes sont amoureuses de cette «infante en robe de parade».