PIERRE QUILLARD

C'était aux temps déjà loin et peut-être héroïques du Théâtre d'Art; on nous convia a entendre et à voir la Fille aux Mains coupées: il m'en reste le souvenir du plus agréable des spectacles, du plus complet, du plus parfait, d'un spectacle qui donnait vraiment la sensation exquise et aiguë du définitif. Cela dura une heure à peine: il en demeure des vers qui forment un poème difficilement oubliable.

M. Pierre Quillard a réuni ses premières poésies sous un titre qui serait, pour plus d'un, présomptueux: La Gloire du Verbe. Oser cela, c'est être sûr de soi, c'est avoir la conscience d'une maîtrise, c'est affirmer, tout au moins, que, venant après Leconte de Lisle et après M. de Heredia, on ne faiblira pas en un métier qui demande avec la splendeur de l'imagination une singulière sûreté de main. Il ne nous mentait pas; très habile sertisseur, il glorifie vraiment les multiples pierreries du verbe, il fait sourire l'orient des perles, et rire l'arc-en-ciel des diamants décomposés.

Capitan d'une galère chargée d'opulents esclaves, il navigue parmi les périls tentants des archipels de pourpre (comme on dit qu'à certaines heures apparaissent les îles grecques), et quand la nuit vient il cherche le fond de sable d'un golfe violet

Dans la splendeur des clairs de lune violets.

Et il attend l'apparition du divin:

Alors des profondeurs et des ténèbres saintes
Comme un jeune soleil sort des gouffres marins,
Blanche, laissant couler des épaules aux reins
Ses cheveux où nageaient de pâles hyacinthes,
Une femme surgit....

dont les yeux sont des abîmes de joie, d'amour et d'épouvanté où l'on voit se réfléchir le monde entier des choses depuis l'herbe jusqu'à l'infini des mers; et elle parle: Poète qui promènes parmi la vie ton étonnement et tes désirs et tes amours, tu te présentes ému par les seules joies chamelles et tu souffres, car ces joies, tu ne les sens vraiment que vaines, mais