Si tu n'étreins que des chimères, si tu bois
L'enivrement de vins illusoires, qu'importe!
Le soleil meurt, la foule imaginaire est morte
Mais le monde subsiste en ta seule âme: vois!
Les jours se sont fanés comme des roses brèves,
Mais ton Verbe a crée le mirage où tu vis...
et ma beauté, c'est toi qui lui donnes sa forme et son geste; je suis ton oeuvre; j'existe parce que tu me penses et parce que tu m'évoques.
Telle est l'idée maîtresse de cette Gloire du Verbe, l'un des rares poèmes de ce temps où l'idée et le mot marchent d'accord en harmonieux rythme.
Au lever du soleil la galère remit à la voile: Pierre Quillard partait pour des pays lointains.
C'est une âme païenne ou qui se voudrait païenne, car si ses yeux cherchent avidement la beauté sensible, son rêve s'attarde à vouloir forcer la porte derrière laquelle dort obscurément la beauté enclose dans les choses. Il est vraiment plus inquiet qu'il ne daigne le dire et le regard des captives le trouble de plus d'un frisson. Comme il sait toutes les théogonies et toutes les littératures,
J'ai connu tous les dieux du ciel et de la terre.
comme il a bu à toutes les source;, il connaît plus d'une manière de s'enivrer: dilettante d'espèce supérieure, quand il aura épuisé la joie des navigations, quand il aura choisi sa demeure (sans doute près d'une vieille fontaine sacrée), ayant beaucoup cueilli, ayant beaucoup semé de nobles graines, il se verra le maître d'un jardin royal et d'un peuple odorant de fleurs,
Fleurs éternelles, fleurs égales aux dieux!