Et ainsi, en M. Stuart Merrill on découvre le contraste et la lutte d'un tempérament fougueux et d'un coeur très doux, et selon que l'emporte l'une des deux natures, on entend la violence des cuivres ou le murmure des violes. Pareillement sa technique oscille, des Gammes à ses derniers poèmes, de la raideur parnassienne au verso suelto des nouvelles écoles et que seuls n'admettent pas encore les sénateurs de l'art. Le vers libre, qui favorise les talents originaux et qui est l'écueil des autres, devait séduire un poète aussi bien doué et une intelligence aussi novatrice; voici comment il le comprend:
Venez avec des couronnes de primevères dans vos mains
O fillettes qui pleurez la soeur morte à l'aurore.
Les cloches de la vallée sonnent la fin d'un sort,
l'on voit luire des pelles au soleil du matin.
Venez avec des corbeilles de violettes, ô fillettes
Qui hésitez un peu dans le chemin des hêtres,
Par crainte des paroles solennelles du prêtre.
Venez, le ciel est tour sonore d'invisibles alouettes....
C'est la fête de la mort, et l'on dirait dimanche,
Tant les cloches sonnent, douces au fond de la vallée;
Les garçons se sont cachés dans les petites allées;
Vous seules devez prier au pied de la tombe blanche....
Quelque année, les garçons qui se cachent aujourd'hui
Viendront vous dire à toutes la douce douleur d'aimer,
Et l'on vous entendra, autour du mât de mai,
Chanter des rondes d'enfance pour saluer la nuit.
M. Stuart Merrill ne s'est pas embarqué en vain, le jour qu'il voulut traverser les Atlantiques, pour venir courtiser la fière poésie française et lui planter une fleur dans les cheveux.
SAINT-POL-ROUX
L'un des plus féconds et des plus étonnants inventeurs d'images et de métaphores. Pour trouver des expressions nouvelles, M. Huysmans matérialise le spirituel et l'intellectuel, ce qui donne à son style une précision un peu lourde et une clarté assez factice: des âmes cariées (comme des dents) et des coeurs lézardés (comme un vieux mur); c'est pittoresque et rien de plus. Le procédé inverse est plus conforme au vieux goût des hommes de prêter aux choses de vagues sentiments et une obscure conscience; il reste fidèle à la tradition panthéiste et animiste, sans laquelle il n'y aurait de possible ni art ni poésie: c'est la profonde source où viennent se remplir toutes les autres, eau pure que le moindre soleil transforme en pierreries vivantes comme les colliers des fées. D'autres «métaphoristes», tel M. Jules Renard, se risquent à chercher l'image soit dans une vision réformatrice, un détail séparé de l'ensemble devenant la chose même, soit dans une transposition et une exagération des métaphores en usage[[5]]; enfin, il y a la méthode analogique selon laquelle, sans que nous y coopérions volontairement, se modifie chaque jour la signification des mots usuels. M. Saint-Pol-Roux amalgame tous ces procédés et les fait tous concourir à la fabrication d'images qui, si elles sont toutes nouvelles, ne sont pas toutes belles. On en dresserait un catalogue ou un dictionnaire: