—Ah! nous allons devenir bien pharisiens!

Cette remarque m'interdit, car Hyacinthe avait raison,—relativement. Pratique, telle que toute femme, elle ne voulait pas fermer le cercle sans espoir de solution; il lui fallait garder une possibilité de cousinage avec l'humanité. Je lui concédai son désir pour le cas où nous serions devenus l'un pour l'autre des sachets empoisonnés.

Toutefois, je repris:

—En toute religion,—même en celle que nous pratiquons (oh! surtout en paroles, comme des gens que l'acte déconsidère, au moins momentanément, à leurs propres yeux)—il y a un ésotérisme, un mystère qui, une fois pénétré, dispense le fidèle de toute charité médiate. N'ayant plus de relations qu'avec l'Infini, il s'abstrait de la création, n'est tenu envers ses frères, mauvais ou bons, à aucune sorte d'amour effectif ou théorique: c'est l'état d'indifférence, la nuit de la volonté, l'un des stages de la nuit obscure de l'âme qui comprend également l'anéantissement sensuel et l'anéantissement intellectuel,—prologue de la vie en Dieu, pénultième station avant la vision béatifique.

—Et quel est, dit Hyacinthe, ce mystère à pénétrer?

—A peine si c'est un mystère, Hyacinthe, à moins que l'évidence n'ait droit, elle aussi, à ce nom plus prostitué qu'une conscience d'évêque. Il s'agit tout simplement de la science du néant, qui s'acquiert plutôt par un acte de foi que par une déduction logique,—bien qu'en somme son acquisition soit le but dernier de la logique elle-même. Mais, vous avez dit vrai, il y aurait du pharisaïsme à croire que nous avons conquis cette connaissance suprême!

—Pourquoi donc, Damase?

—Ne sommes-nous pas des sexes?

—Oui, oui! cria-t-elle, oui! J'y tiens, au mien et au tien. Il n'y a que cela que je comprenne,—presque! et encore cela m'attriste.

—Je le sais, petite adorable menteuse, tu me l'as déjà dit: cela t'attriste—après! Tu fais semblant de m'écouter et tu penses à des baisers. Tu n'es—comme les autres—qu'une gaîne!