Il murmurait à mi-voix, tout en rêvant:

«Elade, je vous baise les mains,—je baise vos mains blanches,—je baise vos doigts purs, je porte vos doigts à mes lèvres,—je penche mes lèvres vers vos adorables mains, vos mains, vos mains…

CHAPITRE II

Quand Vitalis s'éveilla de son sommeil et de son rêve, le brouillard s'était transmué en lumière et le Château Singulier, palais et prison de la princesse Elade, barrait de ses lourds et sombres granits l'horizon de la prairie indéfinie. Nulles murailles, nulles grilles, nulles barrières n'en défendaient les approches, mais de larges douves l'encerclaient d'une sûre protection par l'effroi ininterrompu de leurs eaux profondes et noires.

Quand Vitalis arriva au bord des douves, un bac se détacha de la rive intérieure et vint s'offrir à lui; il s'embarqua et, dès qu'il eut abordé dans la cour du château, Elade elle-même s'avançait à sa rencontre.

Sans peur et sans simagrées, elle s'avançait, souriante et les bras tendus, toute sa personne déjà offerte en amour. Elle baisa Vitalis sur les lèvres,—salut dont elle donnait la joie aux visiteurs élus et appelés par son désir.

Vitalis ne fut pas étonné d'un tel accueil, il répondit par de tendres propos et suivit la princesse vers le porche seigneurial.

Installés en un obscur petit salon qui ressemblait à une chapelle sans Dieu, ils causèrent. Vitalis conta les aventures de son voyage; comment il s'était perdu dans la nuit; comment, à son réveil, il avait aperçu, évoqués là sans doute par un art magique, les lourds et sombres granits du Château Singulier…

—Enfin, je vous possède, mon cher amant, interrompit la princesse Elade, et si vous êtes ici par enchantement, ce que je ne sais, tout de même vous y êtes,—et je puis toucher vos yeux de mes lèvres. Oh! que j'aime vos yeux, mon beau Vitalis! Je les aime tant que je voudrais les clore après y avoir enfermé mon image!

Vitalis se laissa baiser sur les yeux, puis il reprit son récit et il conta son rêve; il dit avec quelle ferveur, tout en donnant, il baisait les mains de la charmante princesse, et combien ce rêve l'avait troublé et réjoui…