—Mais pourquoi ne veux-tu pas comprendre?
—J'aime mieux t'aimer; et, d'ailleurs, je suis venu ici pour cela et rien que pour cela. Je veux jouir de ta grâce et non de tes secrets, de tes épaules et non de tes confidences…
—Tu ne parlais pas ainsi dans tes lettres, Vitalis; tu ne séparais pas alors les épaules des confidences et tu souhaitais la possession de mon âme plus que celle de mes mains…
—Oui, répondit Vitalis,—mais maintenant que je t'ai vue, maintenant que j'ai goûté à ta beauté, je suis enivré de ton odeur,—et tu n'as plus d'âme, parce que je n'ai plus d'âme. La Prostituée! Que veut dire ce mot? La plus prostituée, c'est la plus belle; la plus prostituée, c'est la plus puissante; la plus prostituée, c'est la reine… Oui, tu es la Prostituée et tu dois m'aimer, puisque je t'aime.
—Tu as compris sans le vouloir, dit Elade, mais tu ne sauras que plus tard tout ce qu'il y a de gloire dans le nom d'opprobre dont j'aime à me vêtir,—ô amant qui me sauveras d'être ce que je suis!
—Que veux-tu devenir?
—Une femme.
—N'es-tu pas une femme?
—Je ne suis pas une femme et je ne suis pas une vierge,—je suis Elade, celle qui pleure d'être sans sexe, celle qui, autour d'une âme féminine, sanglote de n'avoir pu assembler que des éléments neutres—et nuls… Je pleure et je sanglote, Vitalis, parce que j'ai une âme de femme; je pleure parce que mon cœur est tendre; je sanglote parce que mon intelligence est douce et timide, mais surtout je pleure et je sanglote parce que je n'ai pas de sexe…
—Tu es un ange? demanda Vitalis sur le ton soudain d'une railleuse ironie. Ah! continua-t-il, en baisant avec ferveur les mains de la mystérieuse princesse, voilà une confidence imprévue et sur laquelle je garderai le secret,—si elle est fausse.