Zaël marchait toujours, et la nuit éployait ses noires tarlatanes lamées d'argent lunaire. D'un bois de saules, une chanson monta:

Celle qui tient mon cœur m'a dit languissamment:
«Pourquoi donc es-tu triste et pâle, ô mon Charmant?»
M'a dit languissamment celle qui tient mon cœur.

Celle qui tient mon cœur m'a dit moqueusement:
«Quel miel d'amour a donc englué mon Charmant?»
M'a dit moqueusement celle qui tient mon cœur.

Moi, j'ai pris un miroir et j'ai dit à la Belle:
«Regarde en ce miroir, regarde, ô ma cruelle!»
Et j'ai dit à la Belle, en brisant le miroir:

«Comme une perle d'ambre attire un brin de paille, la langueur de ton teint m'appelle, je défaille, Je suis le brin de paille et toi la perle d'ambre.

Apportez-moi des fleurs fleurantes et des cinnames
Pour ranimer le cœur de mon Roi qui se pâme,
Des cinnames pour son âme et des fleurs pour son cœur!»

Zaël entra dans le bois de saules. Penchée vers la fontaine, une jeune fille emplissait des outres et elle était charmante, bras nus, cheveux roulés et son voile envolé.

Avec de grands yeux calmes, elle regarda l'inconnu: Zaël s'approcha, et, s'agenouillant toujours muet, leva vers son menton un pli de sa robe.

«Si tu es le roi, dit la jeune fille, retourne en ton palais; si tu es l'ange visiteur, remonte au ciel; mais si tu es un voyageur, ferme les yeux, car je suis dévoilée.»

L'outre qu'elle plongeait dans la fontaine lui glissa des mains, et ses naïves lèvres se laissèrent couvrir par les lèvres de Zaël. Elle ne parla plus, et, dans l'adorable silence des vallées endormies, Zaël, pour la première fois, buvait un peu d'âme.