—Comment, disait Cyrène, vous avez laissé partir Néo?

—Elle est libre.

—Elle ne vous aime donc plus?

—Je n'en sais rien.

—Et vous?

—Je n'en sais rien.

—Vous êtes libre.

—Je l'espère.

—Je veux dire libre de ne pas me répondre.

—Mais je ne sais rien, vraiment, mon amie, reprit Diomède, très doucement. Sur Néo, rien. Sur moi, rien. Je ne sais jamais rien sur moi. Des lueurs passent, des nuées passent; il y a des arabesques aux murs; des petits visages se dessinent, grandissent, éclatent, meurent... J'ai oublié ce que disaient leurs yeux, et, si le mur redevient lumineux, j'ignore ce qu'ils diront et même s'ils voudront parler encore; Franchement, Cyrène, si Néo a voulu, comme s'expriment les femmes, me faire subir une épreuve, elle s'est trompée d'homme; son absence ne me cause aucun tourment. Si notre rencontre doit avoir des conséquences sociales, je les accepterai, sans déplaisir, voilà tout. S'il arrive que j'aie l'apparence d'avoir agi selon un égoïsme facilement qualifié de criminel, j'accepterai encore. Enfin, je suis entre ses mains. J'avais bien raison de la craindre, puisque je l'aimais. Il ne faut jamais relever ni la draperie de la statue qu'on adore, ni la robe de la femme qu'on aime; l'étoffe retombe comme une trappe.