—Ne m'injuriez pas, Diomède, car enfin vos injures, à cette heure, je pourrais vous les rendre.
—A peine. D'ailleurs les unes et les autres sont hypocrites et de jeu. Nous n'y croyons pas. Comme il n'y a en nous rien de social, nous pouvons nous sourire sans cruauté.
—Rien de social? En nous, peut-être, mais il s'agit de Néo. Vous devez l'aimer bien peu, la connaissant si mal. Elle vous est presque aussi inconnue qu'à elle-même. Pourtant, vous avez bu sa volonté, lentement, jour par jour, et vos idées sont devenues les principes d'action de cette intelligence passionnée. Froide et ironique, Néo m'avait toujours paru insoucieuse des sentimentalités, la créature faite pour rester debout, la femme la moins destinée à une brusque aventure d'alcôve. Si elle s'est donnée, ce fut par littérature, par curiosité d'esprit, pour affirmer son droit à l'acte, au geste libre,—pour vous étonner, mon cher, et non pour vous plaire. Ainsi je vous en veux de n'avoir conquis que sa vanité intellectuelle...
—Qu'en savez-vous?
—Elle épouse dans quinze jours Lord Grouchy.
—Ah!
—C'est tout? Mais partez! Qu'elle vous voie et elle vous suivra.
—Cyrène, que vous êtes mélodrame! Septième tableau: Le Manoir de Flowerbury.
—Comment, vous savez où elle est, et vous restez à Paris à jouer l'Ami des petites courtisanes!
—Pellegrin vous a dit la mort de Fanette? Elle fut édifiante et me causa de la peine. Quant à Néo, si je ne la connais pas, elle ignore peu mon caractère, car elle m'a prévenu de son départ, sachant fort bien que nulle fantaisie ne m'inciterait à fréquenter les paquebots. Je n'irai pas à Flowerbury. Ah! elle se marie? Je trouve cela vulgaire, voilà tout. L'acte est laid, comme un mensonge... Opinion provisoire... Je réfléchirai.