Cyrène fut surprise. L'émoi s'écrivait en rouge à ses joues mates. Elle n'avait perçu aucune nuance de doute dans l'exclamation de Diomède, elle crut donc que les mots «étui de nacre» avaient évoqué en lui une image sensuelle; par choc en retour, elle se vit nue.
Il lui sembla utile de se topographier:
—Mon cher, je n'ai pas bougé d'une ligne depuis que vous avez couché avec moi; à peine si mes seins sont un peu plus lourds, mais j'ai la même taille, les mêmes hanches; mon ventre n'a pas un pli et on voit le jour entre mes jambes comme entre deux arbre's jumeaux...
Diomède suivait comme sur le transparent d'une lanterne magique; chaque mot entrait en image dans le rond de lumière. Les jambes furent celles de Néo, ses genoux blancs creusés tout autour de jolis trous pleins d'ombre, des genoux comme d'un enfant gras et fort. A ce moment, femme, il eût été vaincu par le moindre contact; il eût fermé les yeux pour ne les ouvrir que d'accord avec la bouche et les mains...
Cyrène continuait, un peu haletante, disant sa joie quand elle se dressa pour la première fois nue devant un homme...
«Si je ne la prends pas; songea Diomède, elle va se croire méprisée et, à cause de son âge, elle souffrira, malgré les certitudes que* lui donnent tant de jeunes hommes. Plus loin dans le chemin, je suis plus difficile à tenter surtout par un fruit dont je connais la saveur... Mon Dieu! que j'ai peu envie de me réjouir avec Cyrène!
Il s'approcha, lui prit les mains, mais Cyrène, heureuse du geste, se refusa:»
—Non, non, mon cher, Néo pense peut-être à vous, en ce moment. Adieu.