Au milieu de son chagrin, Diomède songea:

«Le journaliste a achevé la phrase de Cyran. Vivre, c'est achever une phrase commencée par un autre, mais celle que l'or, commence, un autre l'achève. Et cela s'en va vers l'infini selon une courbe dont nous ne comprenons pas bien la beauté...»

*

Puis encore:

«Je vais adopter Agneau. Selon le vœu de Cyran. J'en ferai un bélier qui perpétuera sa race, sans perpétuer la pensée qui corrompt les races et brise l'harmonie de l'unité. Agneau est un être dont les actes seront toujours purs, puisque leur rythme ne pourra être troublé par aucun scrupule. Le mal, c'est la pensée déformatrice avec toutes ses tentations, ses labyrinthes d'où nul n'est ressorti, sinon estropié par les luttes, enfiévré par les angoisses intellectuelles.

Cyran meurt d'avoir voulu écrire des idées sur les murs d'une église: les murs ont refusé l'écriture; repoussées par la pierre, les idées comme des lances ont percé le cœur de Cyran.

*

Sois maudite, Pensée, créatrice de tout, mais créatrice meurtrière, mère maladroite qui n'as jamais mis au monde que des êtres dont les épaules sont l'escabeau du hasard et les yeux, la risée de la vie.»


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