Rassasié de la chair de Fanette, il désira Christine, la vit se déshabiller lentement, presque modeste, surgir droite, fière, muette. Puis par excès de contraste, il lui sembla qu'un plaisir plus aigu lui serait donné par une possession presque furtive, un corsage à peine entrouvert, des jambes fleuries de dentelles et de rubans, des étoffes criantes. Enfin il se comprit fatigué et stupide, se leva, demandant:

—Fanette, chère enfant, quelle idée vous faites vous du mysticisme?

Fanette répondit:

—C'est quand l'amour est plus fort que tout. Diomède, rentré chez lui, se répétait encore la touchante réponse de la candide Fanette.


[IV]

LE JET D'EAU

Les jets d'eau que je regarde
redescendent toujours.

La mise au tombeau, de Michel-Ange: ce Christ soutenu par les épaules et qui semble marcher, et qui semble aussi sortir d'un mauvais lieu, et on le porte à son lit, tout nu, dépouillé par des voleurs, ce Christ, non pas mort, mais ivre d'être mort...

Il avait passé toute l'après-midi rue Bonaparte, dans ces petits musées miraculeux riches de toute f essence de l'art, des heures penché sur les albums, et maintenant, exténué, il s'arrêtait, tenace sous les bousculades, devant cette image absurde, laide et terrifiante, de pensée trouble et peut-être impure. Cela avait l'air vraiment d'une parodie et même d'une parade, mais si tragique et si lamentable, disant comme par des hoquets l'horreur moins de mourir que d'avoir vécu, l'étourdissement de l'agonie, et nulle certitude que le tombeau dont la bouche s'ouvre. Ce Christ ne ressuscitera pas.