Elian à son tour, énervé, triste et colère, s'éloigna. Il rencontra Pascase:

—Elle est, dit Pascase, vraiment belle.

—Elle est diabolique, répondit Elian. Elle est un sérail. Quelle créature d'amour! Tout un peuple d'hommes et de femmes s'agenouillerait sur son passage. Elle est la chair.

—Il y a dans son regard une tentation, reprit Pascase. Et tout est tentation, autour d'elle, ces jeunes femmes que le désir parfumé d'odeur fauves, ces éphèbes aux airs équivoques... pile ou face...

Elian sourit avec dédain:

—Je vous croyais un ami de la maison?

*

Pascase regarda l'adolescent, comprit, rougit e apercevant Tanche, se rejeta sur lui. Il dit innocemment:

—Singulière maison...

—Singulière? Pourquoi? Mœurs du jour. Aucun étonnement possible. D'ailleurs Cyran est là. Cyran purifie tout. Cyran purifiera tout. Ah! il se lève. Nous allons partir. Venez-vous? Venez. Vous avez l'air sinistre. Franchement, je ne suis pas non plus très à mon aise... Il faut la candeur de Cyran ou l'ironie de Diomède pour souffrir avec patience cette odeur de parc aux chèvres,—et aux chevreaux. Cyrène se perd ets'avilit... Mais si vous voulez voir quelqu'un souffrir plus que nous, regardez Néobelle... Là-bas, cette grande jeune fille qui ressemble à Cyrène, plus grande encore et plus somptueuse... On dit qu'elle est sa fille, et de Sina... Paternité ou adoption, elle est Sina, Marie-Néobelle de Sina. Ce nom lui fait du tort, à Sina. On le croit Juif. Il est Syrien. C'est peut-être pire. Néobelle sait tout et méprise tout. Elle a l'innocence de la croix élevée au milieu des turpitudes et des fourberies de la place du marche. On dit qu'elle aime Diomède, or Diomède ne parle jamais que des aventures, des idées ou des amours avec lesquelles il veut bien jouer; sur les choses qui lui sont essentielles, il est muet; je suppose donc...