—Vous êtes cruelle, Néo. Songez à tout ce qu'il y a pour nous dans ces mots doux et simples: Un soir...
—Ah! Vous pensez à notre aventure? Un soir, en effet, un soir... Je me souviendrai.
Elle voulut rire. Elle sanglota.
Balbutiante, elle répétait:
—Un soir, un soir...
Soudain, la tête redressée, le buste cambré, elle reprit possession de sa fierté:
—Je suis heureuse. J'ai accompli ma volonté. Je me connais mieux. Néo est bien le marbre que je croyais...
—Je lui donnerai la via, dit Diomède. Je soufflerai sur les charbons jusqu'à ce que la flamme éclate comme une allégresse...
Elle reprit simplement:
—Néo est bien le marbre que je croyais et j'en suis très contente. Oui, j'ai été un peu déçue... J'avais rêvé... l'avais vu un incendie... Mais si j'ai pleuré, tantôt ou maintenant, c'est par nervosité pure. Je vous ai déjà dit que je ne me sentais pas sensuelle. Je ne suis donc ni surprise, ni humiliée, ni effrayée, et je ne trouve pas que j'aie payé trop cher une notion, comme vous dites, si précieuse et qui me sera très utile pour me diriger dans la vie. Je sais ce que je puis donner à un homme et je sais ce qu'un homme peut me donner. Je puis lui donner tout; il ne peut rien me donner que le plaisir de le voir heureux. Ainsi, sûre de moi-même, je dominerai facilement les passions excitées par ma beauté inutile. J'ai été troublée. Je ne le serai plus.