Je commencerai donc ma topographie par les cheveux. Précisément, ils participent du soleil par leur couleur et de l’air par leur légèreté. On pourrait les respirer comme l’air du matin quand le soleil joue avec les feuilles nouvelles.
Quelle plus magique initiale imaginerait-on pour écrire le mot du poème ? Les cheveux d’air et de lumière, de soie et de soleil ! Et voyez comme ils se lient
Avec aisance aux autres hiéroglyphes qui sont la bouche et toute la face. La chevelure crée la figure et en dessine la limite.
VI
Mais il faut qu’elle flotte comme un jeu, qu’elle tombe comme un rire sur les épaules. Il est barbare de la dresser en architectures. Mais qu’un cercle d’or ou un peigne d’écaille la retienne sur le front, pour empêcher l’interférence
De leur lumière avec la lumière des yeux, la douce lumière des yeux, changeants comme la mer. J’ai plus aimé les yeux que toutes les autres manifestations corporelles de la beauté. Les yeux participent de la lumière
Et participent de l’eau. Ils participent de la pensée et participent de l’amour. Ils disent le degré de pression de la matière cérébrale, et comment sont tendus les nerfs sacrés.
Ils disent l’état du sang, l’étiage du fleuve, les violences soudaines contre ses digues et ses valvules, ou au contraire sa paix. Les yeux sont le manomètre de la machine animale.
VII
Ils sont cela et pas autre chose. Ils n’ont que le pouvoir d’être un signe. En eux passent les ombres du drame. Les yeux regardent les yeux et les comprennent. Les yeux donnent. Les yeux prennent. Les yeux parlent.