Et leurs paroles signifient le désir de l’être ou la placidité de sa volonté. Le langage des yeux est très clair pour les amants et pour ceux qui ne le sont pas encore et pour ceux qui ne le seront jamais. Les yeux se font des discours entre eux.
Près de se ternir, avant de fondre comme un morceau de sucre dans le verre d’eau de la mort, les miens te parleront encore, mais ils n’emporteront pas bien loin ta réponse,
Car on n’emporte rien, on meurt. Laisse-moi donc regarder les yeux que j’ai découverts, les yeux qui me survivront, pour que j’y grave l’image que je fus en rêvant ceci.
LETTRE VINGT-TROISIÈME
ELLE A UN CORPS…
— SONNETS EN PROSE —
VIII
Sous les cheveux, au-dessus des yeux et de leurs sourcils, s’étend le front où on dit que s’élabore la pensée. Mais on pense aussi avec les mains, avec les genoux, avec les yeux, avec la bouche et avec le cœur. On pense avec tous les organes, et à vrai dire,
Nous ne sommes peut-être que pensée, que matière pensante et matière électrique. Mais l’invisible convient à l’invisible. Tirons le rideau du front sur le mystère du front. L’apparence seule m’appartient. La plaine du front a une sorte de vie extérieure
Et lumineuse. Elle se plisse comme une surface d’eau et s’éclaire comme une étendue de sable. Inattaquable, le front est sensible. Il est doux de sentir à son front le contact
Des mains fraîches que l’on aime, mais l’amant ne baise pas l’énigme du front. Il cherche des parties plus molles, élastiques et confortables. L’amant s’adresse d’abord à la bouche.