IX

Le baiser sur la bouche ouvre la bouche. Le baiser sur les yeux ferme les yeux. Les yeux veulent encore que je les contemple et que je les écoute, car ils sont inépuisables. Les yeux ont des caprices. Ils jouent à cache-cache. Ils regardent à droite, à gauche, en haut,

En bas et en dedans ou ne regardent pas du tout et fixent dans l’espace le peloton des rêves qui se déroulent. Mais surtout je n’ai pas dit comme les yeux sont pleins d’esthétique. Ils aiment les courbes, les sphères et les colonnes, ce qui monte et ce qui s’enroule,

Les enlacements et la fuite des horizons, l’eau qui coule et le navire qui se balance, les coupes, les croupes et la géométrie subordonnée du corps humain. Ils se reposent sur la mollesse

Des vallons et la mollesse des femmes. Ils s’y attendrissent. C’est là qu’ils construisent des maisons séductrices et déposent l’écheveau enfin démêlé, loin des pattes de velours de la destinée, dans un creux.

X

Les yeux ne sont pas toujours heureux. Ils pleurent, afin d’être plus beaux et d’acquérir la grâce de la tristesse. Ils pleurent pour être consolés, mais il y en a qui ne peuvent pas pleurer et qui pourtant sont tristes, tristes comme la vie éternelle, et ces yeux,

Ainsi qu’un poignard romantique, vous entrent lentement dans le cœur, où ils arrachent du sang et de l’émotion. Cette blessure est moins dangereuse et moins cruelle que celle que font les yeux contents, les yeux innocents, les yeux inconscients,

Les yeux qui répandent l’amour, les yeux qui sont des violettes et qui en dispersent le parfum tout autour de soi, les yeux qui attirent les âmes, comme les fleurs du lin

Attirent les abeilles. Les yeux butinent les âmes en butinant les yeux, car c’est par là que les âmes se penchent à la fenêtre et attirent les yeux et les engluent dans le miel de l’amour.