XI
Je parlerais des yeux, je chanterais les yeux toute ma vie. Je sais toutes leurs couleurs et toutes leurs volontés, leur destinée. Elle est écrite dans leur couleur, dont je n’ignore pas les correspondances, car les signes se répètent et les yeux sont un signe.
J’ai tiré autrefois l’horoscope des yeux, les yeux m’ont dit beaucoup de secrets, qui ne m’intéressent plus, et je cherche en vain celui des yeux que j’ai découverts, un jour d’hiver. Je le cherche et je ne voudrais pas le trouver.
Ni sous les paupières, ni entre leurs cils, dans l’iris clair où se mire le monde des formes, des couleurs et des désirs, je ne voudrais pas le trouver. J’aime mieux le chercher toujours.
Non comme on cherche sous l’herbe une bague tombée du doigt, mais comme on cherche une joie que la vie a façonnée lentement pour vous dans le mystère des choses.
XII
Elle a donc des yeux, un nez, des oreilles, une bouche ; la tête se dessine du front au menton et depuis les joues jusqu’à la nuque et jusqu’à la racine des cheveux. C’est une belle chose qu’une tête de femme, librement inscrite dans le cercle esthétique,
Et qui traverse la vie avec tous ses sens aux aguets vers leurs nourritures naturelles, le front vers le vent mouillé de pluie, les narines vers l’odeur des bourgeons, des lilas et des cœurs, l’ouïe vers les murmures de la vie et les chuchotements des désirs,
Les yeux vers la beauté des choses et de toutes les créatures, vers les couleurs et vers les rousseurs, vers les structures infléchies et celles qui s’étendent en voûtes et en dômes,
Vers les volutes de l’air, des nuages et de la fumée, vers ce qui remue, ce qui joue, ce qui rit, ce qui danse la danse fraternelle. C’est une belle chose qu’une tête de femme.