Samedi matin, mai 87.
Copie de notes indéchiffrables que j'écrivis hier soir, à minuit, en rentrant.
—Que d'amertume, mon amie, ce soir, et entre deux êtres qui s'aiment, car si j'aime à l'excès, vous aimez assez pour comprendre mon affection, en sentir le prix.
Ne croyez pas m'avoir épuisé ni avoir trouvé en moi tout ce qui s'y trouve. Que ne puis-je avec vous et pour vous? De l'ambition, celle qui est compatible avec mes facultés et mon esprit, je l'ai à un très haut degré; et les moyens de parvenir, vous m'aiderez à les trouver.
Ce n'est pas cela qu'il vous faut?—Je ne puis ni ne voudrais me changer. Aimez-moi tel que je suis.
Amère misère d'avoir rencontré la femme à aimer, celle qui vous prend tout et ne pouvoir réaliser son rêve; et comprendre qu'en ses abandons même, ce rêve murmure: ce n'est pas cela, ce n'est pas toi, tu n'es qu'une moitié! Tu dépends de trop de choses, de trop de personnes. Ce qu'il me faut, tu ne peux me le donner.
Penser que ces impressions, ces abandons, ces heures d'union, tout, tout cela ne reviendrait plus, que cette femme qui est ma vie, un autre l'aurait en récompense d'une ambition heureuse.
Allez à ces joies de l'orgueil, vous y trouverez encore autre chose, l'amertume d'avoir senti la passion vraie vous frôler le cœur et de n'avoir pas su lui attacher les ailes.
Vous dominerez, vous irez à vos goûts, vous rendrez des services à des vaniteux, vous ferez des satisfaits,—et pas un heureux.
Va, passe, tu ne sauras peut-être pas ce que tu perds, car est-ce un bien, est-ce un mal, la passion qu'on ne partage que jusqu'à la sympathie?