Quelles heures divines hier et quelle journée pour lendemain.
Sens-tu que Versailles nous a encore serrés l'un à l'autre d'un nœud nouveau? Et je crois que nous irons toujours ainsi nous unissant davantage.
1 h.—L'uniforme réussit—ce qui est difficile—à lier conversation—je le renseigne vaguement sur le paysage, puis je reprends mon crayon. Je suis devenu assez expert à écrire au roulis et cela seul me réveille. Dormir aujourd'hui, tout seul, ne me dit rien; penser ne me va guère mieux. C'est une rêverie vague et triste avec des ressauts douloureux.
Et je me sens moins abandonné que toi—je serai forcément un peu distrait; celui qui part a encore le moins mauvais lot.
2 h.—Je sens, à mesure que j'approche, une tristesse me poigner, plus vive. Comme tu as pénétré ma vie, comme tu l'as pétrie, comme tu l'as faite tienne. Jamais, sûrement, je ne croyais éprouver, pour qui que ce soit, une tendresse pareille. Je croyais en avoir été capable, mais que le temps était passé.
Celle qui m'est chère a trouvé une belle réserve de passion, et c'est elle qui l'a découverte. Lui, il ne s'en doutait pas, se jugeant scepticisé, regrettant parfois amèrement une faculté qui dormait seulement.
Tu m'as fait une belle vie, et si je ne t'aimais pas, je t'adorerais.
Les choses que je revois me semblent différentes et indifférentes. J'ai laissé à tes doigts, dans le dernier contact, toute mon impressionnabilité. Tout va glisser sur moi; pour aller jusqu'au cœur, toi seule, maintenant, sais le chemin.
Adieu, carissima, je t'envoie toutes mes pensées, tous mes baisers, bien vains, hélas.
Manoir de Mesnil-Villeman Gavray (Manche).