Il s'arrête par-ci, par-là, dans un cortège d'éclairs, jase, et d'un seul coup d'aile part en fusée, revient, s'en va, toujours courant le même arpège.

Il est rayon, il est parfum, il est rosée. Il a des feux d'étoile et des phosphorescences plus douces que la lune dans la nuit argentée:

lueurs comme on en voit présager la naissance et les splendeurs encore confuses de l'aurore; éclat tout plein de grâces, mélancolies, pimpances.

Il est rayon, il a dans son écrin les ors, les violets, les roses, les bleus, les améthystes, les sinoples royaux, les vairs de cyclamor;

les couleurs, mais surtout les nuances: les tristes, ces fleurs décolorées par l'excès des soleils; les joyeuses, ardeurs dont la gamme s'irise;

les blancs trempés un peu de chair ou de vermeil, les outre-mer, ces rêves, et les glauques divins dont on faisait les yeux moqueurs des immortels.

Oh! les piquants bitumes sous des yeux libertins! oh! les piquants cinabres sur des joues de déesses! Diane aux genoux blancs, et toi Vénus aux seins

prédestinés! Il est parfum, et les caresses, des odeurs souveraines épicent ses baisers, tendresses parfumées, affolantes tendresses!

Il est rayon, il est parfum, il est rosée: la gaîté de ses yeux se voile sous des larmes, souvent, pour étonner l'âme dépaysée,

qui ne sait plus, se trouble, hésite et se demande si c'est la joie qui ment, ou si c'est la douleur, ou si le Dieu n'est pas triste et gai, tout ensemble.