Il ne faut pas, amie, m'en vouloir de ma soirée; elle a été bonne. Comme le Commandeur avait affaire au Figaro, nous y allons; reçus par Magnard, très bien, auquel je débite mon document Jeanne d'Arc. Très amusé de mon idée; me prie de lui envoyer l'article.
Rencontré là St-Cère. Rendez-vous avec lui demain samedi à 4 h. 1/2 pour faire ensemble un article pour le supplément de samedi prochain.
Le Commandeur reste pour faire une conférence. Donc vu Savaria et passé une heure avec lui.
A demain. Avant 4 h., ou chez moi 7 h., car second rendez-vous avec
Savaria à 5 h. 1/2.
Il tuo.
Mercredi, 9 h., 15 décembre 87.
J'ai des remords, amie, d'avoir été, moi aussi, désagréable, sans aucun droit. Et en aurais-je le droit que je ne devrais pas le prendre. Mais, vois-tu, il y a des êtres qui rentrent en leur coquille sitôt qu'on les froisse, un peu, si peu, et tous deux nous en sommes. Ce n'est pas précisément mauvais caractère, du moins au fond; plutôt excès de sensibilité avec aussi pas mal d'orgueil. Te faire de la peine est tout ce qui m'en fait le plus à moi-même et l'instant d'après je souffre plus du trait que j'ai lancé que de celui que j'ai reçu.
Puis c'est l'orgueil qui clôt la bouche, arrête les gestes, met une barrière momentanée entre deux êtres qui ne vivent bien qu'au contact l'un de l'autre.
Tout cela est nécessité: là où il y a vie, il y a sensibilité, il y a joie, il y a souffrance et d'autant plus que le tissu vivant est plus délicat, plus plein de nerfs.
Et des paroles, encore qu'elles ne soient point pensées, encore que celui qui les reçoit sache qu'elles ne sont pas pensées, des paroles peuvent blesser, parce que le mal est fait avant que le raisonnement ait eu le temps de l'arrêter.