Par elle, je veux vivre, et par elle mourir: ma force est le baiser qui me fait défaillir et me marque au fer chaud, car il faudrait mourir, sans elle.
En elle, j'ai mis tout, jusqu'à mon infini: l'univers est à moi, quand sa bouche a souri, et Dieu n'est qu'un fantôme, il n'est pas d'infini, sans elle.
L'odeur des jacynthes vibrait dans l'encens, l'orgue avait des plaintes à troubler les saintes, l'odeur des jacynthes vibrait dans l'encens.
Un peu de ta main brûlait dans ma main, par nos doigts ardents le fluide humain passait en nos chairs, noyait nos pensées et cœurs galopants, gorges oppressées, nos désirs prenaient le même chemin. Ainsi, chère, ta vie a passé dans la mienne, Plus rien ne demeure en moi qui ne t'appartienne: Je voudrais le graver en toi, qu'il t'en souvienne, Ainsi, chère, ma vie a passé dans la tienne.
L'odeur des jacynthes vibrait dans l'encens, l'orgue avait des plaintes à troubler les saintes, l'odeur des jacynthes vibrait dans l'encens.
1er mai 1887.
VAINS BAISERS
Qu'importe, s'ils sont vains, puisque j'y bois ton âme.
Quel parfum mets-tu sur ta bouche?
Si dans un tel baiser tu ne fus pas à moi,
Si quelque volonté te retenait encore,
Si, madone de chair, tu veux que l'on t'adore
Et qu'on souffre-de toi
Si l'heure différée était l'heure impossible,
L'heure chimérique et qui ne sonnera pas
Si l'instant doit venir, où, statue impassible,
Tu me dédaigneras
Si ces mains repoussaient les miennes
Si ces yeux se faisaient cruels
Si le gouffre noir où vont les choses anciennes
Dévorait ces amours faits pour être éternels.