Et je me voyais à mesure surgissant d'entre les saules du bord de l'eau, l'oreille aux aguets d'ébats que je désirais et que je ne voyais pas. Je me souvenais, c'était une de ces après-midi excitantes et chaudes, telle que je n'en ai pas eu depuis longtemps, j'avais entendu la rivière clapoter un peu, comme au jeu d'un corps qui s'y plonge et j'allais fuir, car je crains l'homme ennemi, quand je crus voir au bord des cheveux flottants, touffe de chanvre tenue d'un lien de jonc. Je guettai. Si c'était une femme, partie d'un petit jardin de roses, elle reviendrait là, et la haie était transparente et la maison assez haut vers la colline. Je guettai longtemps. Las, je me mis en quête. Je ne voyais rien. J'entendais des rires maintenant. J'imaginai beaucoup de choses, celles mêmes que le poète avait dites. Oh! les prendre! Elles sont au moins deux, puisqu'il y a des rires. Des rires, des jeux, des caresses légères. C'est là. On se tait. M'a-t-on deviné? Non. Le plaisir médite avant d'éclater. Et moi? Mais si vous connaissez le poème, vous connaissez aussi mon agitation, mon inquiétude irritée, hennissante, toute effarée, toute étourdie. Un homme se leva, parmi les arbres d'en haut.
—«C'était lui, dit Cydalise.
—Lui?
—Le poète.»
Et elle baisa son nom sur la première page du livre.
—«C'était donc lui?
—Assurément.
—Je pris la fuite.
—Fuir! Mais il te voyait, il aurait voulu s'approcher de toi. Songe, il te ressemblait, autant qu'un homme peut ressembler à un dieu, et nul ne fut jamais plus près des dieux par l'esprit. Le fuir, lui, ton frère en ingénuité!»
Voilà l'aventure telle que je viens de l'apprendre. Cydalise me dit que je dois en être très fier. Elle m'a fait apprendre par cœur trois vers de ce divin poème, afin que je n'aie pas l'air d'ignorer tout de mes fastes: