Alors m'éveillerais-je à la ferveur première,
Droit et seul, sous le flot antique de lumière,
Lys! et l'un de vous tous pour l'ingénuité.
Ingénuité, encore. Mais rien ne me convient davantage.
J'ai fait un marché avec Cydalise. Je lui permets de vous envoyer des baisers. Recevez-les. Elle me permet de vous faire ou plutôt de vous renouveler une prière. Ne permettez pas qu'on appelle satyre les vilains hommes qui éventrent les petites filles. Un satyre est incapable de tels forfaits. Toutes celles que j'ai rencontrées ont été fort contentes de moi et leurs baisers, innocents comme la nature, m'ont remercié fervemment des mille petits jeux que je leur ai appris.
Antiphilos,
Satyre.
IV
CYDALISE
Cogolin, 30 septembre.
Monsieur,
Je vous écris moi-même. Cydalise a fait ce miracle. Ma divinité, qui était déjà vieille il y a six mille ans, en sait presque autant que ces petits garçons qui sortent en courant de l'école. Je ne dirai pas que cela m'a ouvert le monde. Cela me l'a voilé, au contraire, et je l'ai vu diminuer, comme se rapetissent les pins sur la colline, à mesure que l'on s'en éloigne. Mais en se rapetissant il devient plus net, ses contours sont plus fixes et ses lumières plus vives. Mon cerveau en est tout changé. Ce n'est déjà plus celui d'un dieu. La vision vaste, mais confuse, et presque inconsciente, s'est tout à coup précisée. Peu à peu, je me suis détaché de la nature, d'où je me suis érigé, seul. Elle vivait en moi et je la sentais comme le battement de mon cœur. C'est moi maintenant qui vis en elle et je cherche en vain à la toucher de mes mains: elle n'est plus que de l'air, de la lumière, des odeurs et des aliments. Je la sentais respirer du même souffle que moi et il faut maintenant que je la boive: cela m'enivre.