Hein? Ce n'est pas mal pour un Satyre? Je me relis avec complaisance, je déplace quelques virgules, je m'amuse beaucoup.

Votre

Antiphilos.

V
MÉTAMORPHOSE

Toulon, 15 décembre.

Cher Monsieur,

Que d'aventures depuis ma dernière lettre, qui annonçait déjà bien des changements dans ma vie? Je crois que Cydalise est victime d'Aphrodite qui l'a rendue folle de moi:

—«Avant de te connaître, me dit-elle, je ne savais pas ce que c'était que l'amour!»

Cela me fait rire dans ma barbe, car Cydalise, quoique mortelle, m'a toujours paru fort experte en cette science immortelle que j'ai poussée assez loin pour être bon juge. Mais je ne dis rien. Comment riposter? Mon ironie divine s'arrête sur mes lèvres, car Cydalise me fait éprouver aussi je ne sais quel sentiment inconnu. Je ne puis me passer d'elle, voilà qui est certain, et cela ne m'était jamais arrivé. Elle m'est plus belle que toutes les femmes, plus verte que les vierges, plus fondante que les matrones parfumées. Avec elle je possède tout et je ne regrette rien, je monte plus haut que les dieux, au point qu'il me semble que, pour devenir plus qu'un dieu parfois, il faut cesser de l'être à chaque heure de sa vie. La vraie divinité est intermittente et se repose délicieusement dans le néant d'avoir été. J'apporte tant de choses dans l'amour que je n'avais jusqu'ici jamais demandé aux femmes d'être autre chose qu'un prétexte au déploiement de moi-même. Maintenant, je sens que Cydalise jette à mes pieds presque autant de richesse que moi: alors, pour n'être pas vaincu en munificences amoureuses, je lui obéis. Elle fait de moi ce qu'elle veut: quelle métamorphose!

Je ne pouvais me séparer d'elle et la saison rendait nos rencontres plus difficiles. Alors elle a eu l'idée de m'emmener à la ville: