—«Vous mangeriez peut-être bien un grapillon de raisin?»

J'avançai la main, et elle haussa gentiment vers mon geste son pesant panier. C'était la moins rustaude.

—«Je ne puis, répondis-je, vous offrir qu'un baiser.»

Elles se mirent à rire toutes les deux et l'autre dit d'un air engageant:

—«Les paniers, c'est à nous deux.»

Je l'embrassai sur la joue et l'autre au coin des lèvres. J'étais redevenu faune; mes réflexions dédaigneuses n'avaient pas tenu contre l'odeur souriante d'une maraîchère!

Elles riaient si haut, pour dissimuler leur confusion, qu'elles ne s'étaient pas aperçues qu'on était arrivé aux Arcs. Diogène, que la scène avait diverti de son journal, en fit la remarque tout haut et les deux villageoises se hâtèrent de descendre. Comme je leur tendais leurs paniers, celle que j'avais effleurée de mon désir me salua d'un sourire pendant que l'autre disait:

—«On se reverra peut-être?»

J'avais dominé mon émotion. Quand nous fûmes repartis, Diogène proféra sentencieusement ces mots que je fus une bonne minute à comprendre:

—«Voilà ce que c'est que d'avoir fréquenté les petites courtisanes de Toulon.»