C'était une fort jolie femme, non sans élégance ni sans distinction. Diogène l'apostropha avec emphase:

—«Es-tu le dragon qui garde ces portes et qui doit reprendre aux mortels l'or que leur octroya le destin? Es-tu…

—Je ne suis même pas un dragon de vertu, répondit la jeune femme, en souriant agréablement. Tu as raison. Il est temps d'aller déjeuner. Je te montre le chemin.»

Déjà elle prenait mon bras, et je me laissais faire innocemment, quand Diogène s'élança:

—«Laissez mon ami, je vous prie. Il ne désire pas vous suivre.»

J'avais l'air d'un collégien que son grand frère arrache aux périls d'une aventure et je trouvais que Diogène protégeait vraiment un peu trop ma vertu, car cette femme me plaisait décidément. J'ai vraiment honte de vous l'avouer, mais je luttai un instant encore contre mon désir, je me vis sur le point d'obéir à Diogène, mon bras allait se dégager, je me sentais le fils docile de la civilisation la plus morne, de celle qui s'assied au bord de la route et qui regarde passer ses rêves, sans oser leur mettre la main sur l'épaule. Mais elle tourna vers moi sa tête blonde aux yeux clairs, nos regards se pénétrèrent et je me sentis soudain redevenir le faune des forêts, le faune jovial et hennissant que peuvent vaincre les coups de fourche, mais non les raisonnements.

J'eus un éclat de rire strident, par quoi je raillais mes hésitations. Ma compagne en trembla et serra davantage mon bras. Elle m'emmena et je croyais l'emporter, tant je sentais déjà ses membres palpiter sous mon effort.

Quand Diogène nous rejoignit dans les chambres, dont il avait comme moi la clef, elle se recoiffait déjà dans la glace en me regardant de coin et en murmurant:

—«Quel homme! c'est prodigieux!»

Il eut l'insolence de venir nous considérer, puis il haussa les épaules et dit: