—«Autant celle-là qu'une autre. Elle est d'ailleurs jolie, quoique douée de cheveux blonds. Satyros ne pouvait rester plus longtemps sage. D'ailleurs il faut bien égayer la route. Nous allons loin, madame, et les caprices des dieux sont brefs. Je vous laisse, à moins que vous ne m'invitiez à partager votre repas.»

La nymphe se recoiffait toujours. Je pensai que les femmes sont bien heureuses d'avoir à manier leur chevelure dans les circonstances délicates. Moi, je ne savais que faire et je ne savais que dire.

—«Quel repas? demanda la dame. Il est fini, ajouta-t-elle avec un joli rire. Du moins, je le crois.

—Et vous êtes recoiffée? fit Diogène.

—Qui êtes-vous donc, vous? dit-elle, presque en colère, qui venez vous mêler…

—Je suis, madame, le secrétaire de Satyros, et comme je crains qu'il ne connaisse pas bien les usages…

—Je comprends. Vous me croyez vénale? Je suis esclave de la vie, voilà tout. Je sais goûter, sous ma chaîne et selon sa longueur, les enchantements de la minute présente et en accepter les déboires. Laissez-moi avec mon ami d'une heure, afin que j'amasse sous mes paupières les larmes pour le moment où il me quittera… Souvent, j'ai vu naître l'amour, dans les yeux qui me suivaient, mais je n'ai pas su comment faire croître la fleur, comment au moins la garder fraîche comme une rose dans un verre d'eau. Quand mes amants s'en vont, ils écrasent la rose en ricanant, et la jettent à terre et la piétinent. As-tu, toi aussi, honte de ton plaisir?

—Comme elle parle bien! dit Diogène, qui aime l'éloquence. Que j'aime cette joueuse de flûte! Tu ne dis rien, Satyros?»

Mais je parlai et elle resta.

Antiphilos.