—Je ne dis pas que ce dernier mérite, qui est le tien, ne puisse encore t'ouvrir quelques cœurs où l'orgueil n'a pas tué la curiosité, mais il faut aussi pour cela une qualité de diplomatie qui ne t'appartient pas encore.

—Cela m'ennuie d'avance!

—Tu ne peux pas savoir. Ah! Satyros, malgré ta petite aventure avec Cydalise, tu es d'une belle ignorance sentimentale. Que d'échelons tu as encore à monter, ou peut-être à descendre, pour être au niveau de la belle humanité délicate!

—A descendre, Diogène, à descendre. Mais je ne désire plus ressembler aux hommes. Je désire m'en aller.

—Tu le diras aussi quand tu seras tout seul avec tes frères les arbres et les ombres fuyantes de tes désirs. Patience! Tu reviendras. Et pour cela il faut partir. La nostalgie est le commencement de la vie spirituelle. L'ennui est la noblesse de l'âme.

—J'aurais plutôt cru que ce fût la joie.

—Non, une âme joyeuse ne sera jamais tout à fait distinguée. Si tu fais des cabrioles, au moins que cela soit avec mélancolie. Regarde-moi bien. L'infini commence à poindre dans tes yeux. Satyros, je crois découvrir en toi un Faune chrétien à son aurore.

—Je sens obscurément, Diogène, que tu me railles. N'importe, je te regretterai peut-être.

—Je l'espère bien. Mais je ne te raille pas. Je constate qu'une certaine tristesse t'a touché le cœur. Si tu restais, tu serais bientôt malheureux avec délices. En effet, cet état ne convient pas à un dieu. C'est bon pour nous, c'est bon pour moi qui n'ai plus que ce moyen de vivre les dernières années de ma pauvre vie. Elle m'échappe et je ne la retiens qu'en feignant l'indifférence, car il y a une ironie dans les choses et elles aiment la malice de la contradiction. Mais moi je sais que j'ai encore de l'amour pour elles et que cet amour est inutile. Alors tu vois ce qui se passe en moi?

—Je ne le vois nullement, mon cher Diogène, malgré toute mon application, mais je désire que tu sois heureux et qu'Erèbe te soit favorable.