Moscowitch, à ce moment, se trouva face à face avec Entragues. Le Russe eut un froncement de sourcils qu'un sourire, au même instant, atténua:

—Mon cher, je renonce pour le moment, à mes projets dramatiques. Cet hiver humide m'est défavorable, je vais aller passer quelques mois dans le Midi. Merci de vos excellents conseils, de tout genre. Ils m'ont servi au delà de vos espérances.»

Ce ton d'ironie hautaine déplut à Entragues, qui répondit:

—Prenez garde, Monsieur. Êtes-vous bien sûr d'en être à ce point où l'absence s'impose à tout bon calculateur? Partez-vous avec la certitude de recevoir des lettres de rappel? Songez que plus que tout autre je m'intéresse à un dénouement où je n'aurai pas été étranger. Calixte, mon ami, fais donc à M. Moscowitch un commentaire du trente-quatrième chapitre de Stendhal. Mme Magne a, je pense, un mot à me dire, et je cours vers elle.»

Il venait d'apercevoir Sixtine visiblement ennuyée par les compliments d'un sot.

«Au moins, songeait-il, elle me saura gré de l'avoir délivrée.»

Moscowitch écouta patiemment Calixte dont l'amusant discours sur la discrétion lui semblait, cependant, une raillerie concertée. Durant ce supplice, Hubert essayait de reprendre avec Sixtine sa causerie interrompue. Mais elle était distraite et presque méditative. Hubert lui contait la poésie de son désir et elle le regardait, n'ayant pas l'air de l'entendre. Jouant avec son carnet de bal, elle dit:

—Vous n'avez pas même eu l'idée de vous inscrire ici et je ne m'appartiens plus. Ceux qui m'ont requise vont, à chacun leur rang, venir me réclamer les minutes promises, et tenez, il est complet.

Hubert prit le petit carnet et lut les noms inscrits:

—Eh bien, sacrifiez-moi l'un de ces personnages, par exemple le Russe, cela me serait spécialement agréable.